La Cuisine des Editions LEXEMPLAIRE

Parce qu'être exemplaire est toujours un peu révolutionnaire. Parce que si l'exemple est unique, il a toujours vocation à devenir multiple...

Alors les textes publiés sous l'égide de la maison partagent un même objectif : augmenter le présent.

La "cuisine" en est l'espace naturel d'expérimentations, qu'il s'agisse de nourrir des textes futurs, ou simplement d'en partager quelques ingrédients qui ne se retrouveront pas nécessairement dans les plats.

Scène esthétique et Coureur stratégique 17

Par Michel Filippi

Les Ecossais – les résidents en Ecosse puisque leur démocratie n’a pas eu à trier les Ecossais de souche de ceux qui n’en sont pas ni à rameuter les Ecossais d’Outre-mer ou d’au-delà du mur d’Hadrien – ont décide de ne pas rompre l’alliance tricentenaire du Royaume-Uni. Le PM D. Cameron en aurait eu le cœur brisé dit-il mais de quel cœur s’agit-il? Celui de son affection ou celui de son dispositif peut-être stratégique – peut-être un Coureur – qui a été si patiemment construit?

Ce “cœur brisé” me rappelle la description donnée par François Jullien dans “Dépayser la pensée” de l’attaque qui a brisé le dispositif militaire du Vietnam du Sud, en son cœur, là où toutes les parties éparses venaient se lier et s’articuler. Or nous croyons savoir par nos modèles que les parties éparses ne peuvent s’articuler ensemble qu’à travers un symbole qui est comme le Moteur premier d’Aristote parfait. Nous avons décrit précédemment que cette perfection était recherchée aussi par différents Etats ou organisations du côté de l’Orient proche, le Califat, Israël, la Turquie. Nous avons aussi affirmé précédemment et dans d’autres papiers que ce qui nous paraît être une perte de puissance des USA est liée au fait que cette Fédération n’est plus parfaite, qu’elle s’est donc “remise en marche”, qu’elle se transforme et que nous ne pouvons affirmer qu’il existe une Amérique éternelle. Alors existe-t-il pour David Cameron et peut-être des Américains, une Ecosse éternelle, parfaite et qui n’évoluera plus puisque ayant atteint sa perfection.

L’Europe a inventé un certain modèle de perfection qui est celui du folklore. Alors on représentera ce qui fut avant indépendant, inventif et en perpétuelles mutations, comme déjà achevé dans ses mœurs, ses coutumes, tels le kilt et les jeux, le wiski, le brouillard, le monstre du Loch Ness, les saumons. Tout est calme. Soudain, l’autre du couple (ou de se ménage à quatre) s’alarme de la volonté du conjoint, de la conjointe, d’aller voir ailleurs. Alors se sont des promesses d’une plus grande liberté ménagère pourvu que rien ne soit remis en cause, pourvu qu’aucun mouvement autonome ne se fasse jour à nouveau, pourvu que qui donne la direction puisse toujours indiquer la bonne orientation et qui sont les amis de la famille avec lesquels il est convenant de se lier. Il est vrai que l’Ecosse indépendante, comme la Catalogne, le Pays basque, les Flandres et le nord de l’Italie, ne disent rien de leur façon de voir, comprendre, le monde. Ils ne disent rien d’autre que sans l’autre ils s’en sortiront mieux. Mais est-ce que cela suffit à construire un nouveau monde orienté? Les gens sont attirés par une finalité.

Mon père est mort il y a trois mois. Je lui demandais si en 1962 il aurait choisi la nationalité algérienne lui qui avait une passion pour son pays. Sa réponse, réfléchie, fut négative. La France représentait pour lui la modernité. Et c’est cela qu’il a choisi. A contrario, pour l’homme de lettres Jean Amrouche, l’Algérie comme choix était la certitude de retrouver son identité d’humain, fondée sans contestation possible. Nous ne choisissons pas un fait, mais un état, une finalité et nous la poursuivons grâce au paysage qui se forme en nous, devant nous, derrière nous, comme celui du retour vers Avalon. Il nous faut voir une route et la pister dans ses métamorphoses.

Et Avalon est bien plus réel que ce que nous quittons comme le Paradis promis aux combattants du Califat – quel que soit ce paradis – est bien plus réel que la mort, la vie dans les banlieues. Où sont nos Avalons?

Scène esthétique et Coureur stratégique 16

Par Michel Filippi

L’Histoire n’a pas de sens excepté celui donné par différents humains à un moment donné. Nous avons tenté de lui donner un sens, celui du Progrès que nous pouvons définir comme l’effort par des Hommes d’échapper à la fatalité. A nous de définir cette fatalité; à nous de d’approuver cette échappatoire ou de la refuser.

Les modèles que j’utilise, mis en évidence par différents auteurs ou par moi – Scène esthétique, Coureur stratégique, etc – ne font pas de choix, ils fonctionnent. Dès qu’ils sont engagés, construits, par l’activité humaine, ils iront jusqu’au bout de leur perfection à moins que d’autres modèles, des événements, viennent les percuter, les détruisant ou les empêchant de fonctionner. Le Coureur stratégique est une organisation complexe, porteuse d’un modèle de l’humain, qui lie des parties éparses de l’environnement – humains, vivants, choses, etc. – pour construire un paysage dynamique piloté par une finalité et qui renvoie aux parties une signification partout la même et qui s’impose. Nous pourrions dire que ce Coureur est la description dynamique d’un autre modèle, la Scène esthétique mais nous n’avons pas fait suffisamment d’observations pour confirmer cette définition. Pour l’instant nous dirons que le Coureur stratégique est soit autonome, en attente d’une Scène esthétique, soit l’émanation d’une ou plusieurs Scènes esthétiques ou de parties de ces Scènes pour drainer en elle des ressources servant à les alimenter, donc à les stabiliser ou à les faire s’étendre dans le temps et dans l’espace.

Les volontés manifestées par les Indépendantistes ou Autonomistes de différentes parties occidentales de l’Europe sont peut-être la trace d’un ou plusieurs Coureurs stratégiques tendant à se construire. Peut-être pour l’avantage de l’Europe comme Scène esthétique ce qu’elle n’est pas encore, ce que les différentes nations n’ont pas encore réussi à construire. Nous avons une indication fournie par le journal Foreign Policy qui décrit ces jours-ci l’indépendance de l’Ecosse comme un risque stratégique et économique pour les USA. Cette indépendance mettrait en danger, romprait, des liens construits par ce pays avec la Grande-Bretagne.D’un point de vue systémique, celui de la clôture d’un système, cette description est intéressante puisque si cela arrive, l’Europe se détacherait des USA, commencerait à construire une réelle frontière à son Ouest, frontière indépendante des frontières de ses parties. Or, dans d’autres écrits de cette série, nous avions affirmé que les problèmes de l’Europe avec la Russie, problème de frontière, sont dus à l’incapacité de cette Europe à faire frontière à son Ouest. Cette incapacité à faire frontière à l’Ouest ouvre une zone d’instabilité profonde à l’Est de la Russie. C’est que les modèles décrivent des morphologies qui agissent à distance les unes des autres par contamination.

L’indépendance des uns et des autres n’est pas une nécessité si les Etats existants agissent comme si. Ce que nous disent aussi les modèles quant à la morphologie de l’Europe concerne sa complexité au sens que lui donne et démontre Cl.-P. Bruter dans Topologie et Perception. La complexité organisationnelle implique des centres perceptifs différenciés qui agissent comme organisateurs locaux. S’il n’existe qu’un centre organisationnel, quelle que soit l’étendue du système, ses complications, il n’est pas complexe. Il sera plus comme un point existant sur une ligne ou un être bidimensionnel ne pouvant vivre que dans un environnement plat que cet être capable d’être en contact avec toutes les parties d’un environnement qui n’est en rien une ligne ou une feuille de papier. Bien sûr, moins il y a de contact avec l’environnement plus le Coureur stratégique acquiert de la vitesse, mais il devient instable.

Scène esthétique et Coureur stratégique 15

Par Michel Filippi

Ce mouvement a un caractère de normalité. Nous avons répété déjà que du point de vue systémique, il est aberrant de croire que l’on peut constituer un nouveau système en intégrant des systèmes de moindre complexité ou de complexité égale sans que leur intégrité et leurs fonctions en soient bouleversées. Et alors que dire dans le cas où le système à intégrer est d’une complexité supérieure? Nous savons qu’il devra être démantibulé, réduit comme une proie à des parties assimilables. Alors il se peut qu’à l’Ouest, il y ait du nouveau.

Sans recourir à la systémique, un peu primitive ici, il nous suffit de faire l’hypothèse que les Nations ayant été construites – quels que soient les outils de cette construction – leur stabilité, leur perfection, ne sont qu’apparentes. Il suffit de l’occasion pour qu’elles se remettent en mouvement, mouvement qui n’est pas nécessairement celui de leur dégradation et qui peut conduire à plus de complexité.La destruction de l’Empire romain d’Occident fut-il le résultat d’une dégradation ou l’occasion d’une réorganisation, d’un supplément de complexité, permettant à cet espace d’intégrer, de développer, d’outiller, cette science qui est l’Economie et qui fit défaut à l’Empire si nous acceptons les interprétations d’Aldo Schiavone? Avec Jean-Philippe Denis, nous avions fait l’hypothèse, en suivant cette lignée, que l’Europe manquait d’une science, celle qui permet d’articuler le différent, ce qui est épars, qui va dans des directions apparemment opposées, et qui serait la Systémique appliquée. C’est une science qui existe et se trouve utilisée dans différents domaines. Mais existe-t-elle pour le Politique, l’Economique, malgré les efforts en France d’Edgar Morin?

Il se peut, malgré nos plaintes et nos refus véhéments, que la volonté de certaines parties d’Etats européens de vivre selon leur propre trajectoire signale la construction d’un Coureur stratégique aux frontières, “volonté” étant un terme commode pour désigner une trajectoire plus ou moins autonome et devenue apparente. S’il s’agit d’un Coureur stratégique, ces parties devraient être tentées d’établir des liens avec d’autres. On affirme qu’il ne s’agit plus pour elles d’être indépendantes mais seulement autonomes. Mais la Catalogne ne va-t-elle pas restaurer des liens politiques avec la Catalogne en France, construire à nouveau des relations spécifiques avec la Tunisie en rappelant le temps où les soldats catalans étaient les forces militaires de quelques souverains de Tunis? L’Ecosse ne rappellera-t-elle pas liens privilégiés des royaumes de France et d’Ecosse? Le Président Hollande ne sera-t-il pas heureux d’avoir pour allié ce pays au lieu d’une Angleterre toujours attirée par son libéralisme et ses seules finalités? Que dire de la Bretagne et du Pays basque, du nord de l’Italie et de la Corse? Ne voudront-ils pas restaurer leurs liens anciens avec des entités étrangères à l’Europe continentale et politique? Ne voudront-ils pas restaurer des chemins, des routes anciennes de commerce, d’alliances, de pratiques et des regards sur le monde qui se fait, qui ne sont pas celles et ceux qui semblent actuellement dominer l’Europe?

Et au nom de quel argument s’y opposer? Eh bien nous nous y opposerons avec les arguments déjà utilisés par les sciences dites économiques, les sciences dites politiques, au nom du Vrai, de la Vérité. Si les choses sont ainsi c’est qu’elles reflètent la Vérité. L’Economie qui se fait reflète la Vérité et qui veut aller dans une autre direction, est un hérétique. On parle bien d’économistes orthodoxes et d’économistes hétérodoxes. La Politique qui se fait ou que l’on veut faire reflète le sens de l’Histoire non? Et cette revendication est partagée par tous les bords. Mais l’Histoire n’a aucun sens a priori.

Scène esthétique et Coureur stratégique 14

Par Michel Filippi

Nous avions fait l’hypothèse que l’observation du Proche-orient et de ce qu’y fait l’Etat islamique suffirait pour étudier la manière dont la Scène esthétique et le Coureur stratégique sont liés.

J’ai supposé que les deux choses étaient séparées et avais même postulé qu’une Scène esthétique pouvait être couplée à plusieurs Coureurs stratégiques ou à aucun, et qu’il pouvait exister des Coureurs stratégiques qui ne sont couplés à aucune Scène esthétique. Nous pouvons décrire ces hypothèses et postulats comme étant des principes de précaution méthodologique puisque nous savons à peu près décrire une Scène esthétique et son fonctionnement de même qu’un Coureur stratégique. Nous pouvons aussi remarquer qu’à chaque fois que nous croyons pouvoir décrire ces choses de l’extérieur, nous sommes victimes d’une illusion. Nous sommes connectés à ces choses sur un versant ou un autre de sa frontière sans pouvoir distinguer avec certitude un “extérieur” et un “intérieur”.

Alors il se peut que la Scène esthétique et le Coureur stratégique soient une seule et même chose mais décrite selon des observateurs différents. Alors modifions notre hypothèse et utilisons l’argument présent dans le modèle de la Scène esthétique. A chaque instant toute chose, selon sa complexité, est partie prenante d’une ou plusieurs Scènes esthétiques dont les extensions spatiales et temporelles sont différentes. Nous pourrions dire qu’il s’agit d’une grande Scène dont la frontière palpite puisque toutes ces Scènes sont connectées entre elles au niveau de la même chose qu’elles contiennent. Alors nous avions introduit le paramètre selon lequel la complexité d’une chose peut-être telle qu’à un certain niveau d’observation elle apparaît comme partie prenante de Scènes séparées. Les parties de la chose inclues dans chaque Scène esthétique sont alors dans un état particulier, elles ne communiquent pas entre elles bien que faisant partie d’un même corps. Ce raisonnement nous avait conduit à définir la notion de Corps en la distinguant du corps matériel, organique, de chaque chose (définition donnée dans “Manifeste pour une stratégie expérimentale”).

Pendant que nous faisions ces hypothèses issues de la tentative de description des événements orientaux, d’autres événements se manifestent à l’opposé des frontières de l’Europe, sur ses bordures ouest et sud dans ce lieu appelé France ou plutôt dans ce qui est désigné comme les Pays du sud. Mais on peut y adjoindre le monde anglo-saxon qui est sur la bordure de la frontière océanique.

Différents commentateurs, différents Politiques, adjurent le gouvernement français d’entamer une réforme de l’Etat tout en arrêtant la pression fiscale. La France était désignée comme “le malade de l’Europe”, elle peut donc être soignée. Mais, maintenant, elle est désignée de partout comme l’Etat qui met en danger l’existence de l’Europe. De malade, nous passons au stade de ce qui est infecté et peut porter l’infection dans tout le Corps. Et si aucun soin n’existe, alors pour se sauver ce Corps peut se séparer de cette partie auparavant de lui par différents moyens qui, dans tous les cas, seront violents puisque nous sommes étroitement liés à ce Corps. Nous ne devons pas oublier que la guerre lancée par le Chancelier Bismarck au nom du Royaume de Prusse en 1870 l’a été parce que ce politique était certain que les comportements de l’Empire français mettaient en danger la stabilité et la paix des Etats européens, du Continent donc. Vous percevez alors le mouvement de désintégration de l’existant.

Scène esthétique et Coureur stratégique 13

Par Michel Filippi

Les banquiers. Ou les financiers.

Ces derniers jours je répondais à un commentaire de Thierry Crouzet à propos de son dernier livre, “Eratosthène”. Pour lui le monde humain se détruit comme il s’est détruit à l’époque de ce savant. Il s’étonnait que l’un de ses amis, financier, se déclare et déclare ses semblables comme les gens les plus intelligents (sur Terre ou dans le monde des humains). Nous pouvons nous étonner d’une telle prétention et nous pouvons tenter d’en comprendre l’origine.

L’origine est la même que celle de l’IS, de certaines entreprises, de ce que veut faire Netanyahu, le modèle de la Perfection implanté dans un Coureur stratégique qui n’entretient avec son environnement que peu de connections afin que l’évolution vers la Perfection ne soit pas entravée par ce qui résiste, la matière, les activités de transformation de la matière. Pour confirmer la pertinence du modèle il suffit de voir qu’à l’exception de certaines époques où le banquier et l’entrepreneur sont confondus, banquiers et financiers n’interviennent que là où le manque de liquidité est un obstacle aux échanges. C’est un rôle important, nécessaire, mais qui est payé par la dépossession de la richesse créée par les entrepreneurs de toute nature et l’accaparation d’une des formes de cette richesse qui est le pouvoir.

Et lorsque j’affirme que les USA se sont remis en mouvement, c’est que revient comme Histoire glorieuse les vies des financiers qui se sont ruinés en développant le nouveau monde, c’est-à-dire des entrepreneurs qui avaient su orienter, concentrer, des liquidités pour générer ce qui n’existait pas encore. Un monde parménidien.

La prétendue intelligence dont ce pare l’ami de l’écrivain repose sur une incompréhension de son rôle, sur un leurre, leurre d’autant plus fort que la finance paraissant de plus en plus parfaite le lointain est présent en elle avec toute sa puissance. Ce qui explique que nous n’entendons pas un banquier, un financier, s’exprimer sans prendre la voix d’un Dieu tonnant et menaçant ceux qui refusent de se soumettre à sa Loi.

Mais banquiers et financiers exhibent-ils comme l’Etat islamique des victimes sacrifiées d’une manière violente, exhibitionniste, à leurs frontières? Rien n’interdit que les avanies qui frappent différents pays du monde et qui conduit à leur exposition comme “mauvais élèves”, “dépensiers”, etc. ne soit de cet acabit comme la menace de les déposséder de leur pouvoir politique, de leur pouvoir de se mettre en mouvement, des ressources nécessaires à leur survie. Nous pouvons même dérouler la pelote encore plus et affirmer que tous ces comportements, tous les comportements des individus qui hurlent en rejetant le Pouvoir d’un Etat, sa compétence à orienter sa progression, la volonté de ses dirigeants à former une Stratégie, quels que soient les arguments, n’ont enfin de compte qu’une finalité, celle de créer un monde parfait, doté d’une vitesse infinie puisque sans connexion à une matière résistante.

C’est un monde confronté à la perte de l’équilibre, c’est-à-dire à son effondrement brutal. Il tente de s’en sortir en trouvant des auxiliaires équivalents à des gyroscopes ou en augmentant sa vitesse. Mais il est confronté à un problème, celui de son approvisionnement en énergie. Sans connections il se dévore. Si nous pouvons utiliser ce modèle pour détruire l’IS, devons-nous accepter tous les discours et actes de perfection qui envahissent notre Scène?

Scène esthétique et Coureur stratégique 12

Par Michel Filippi

Il y a quelques sept semaines j’avais fait quelques descriptions, pronostics peut-être à propos de l’Etat islamique et de ses comportements. J’avais, me semble-t-il, affirmé que son dispositif permettrait la génération de concepts inédits pourvu que nous acceptions à la fois de ne pas être en relation avec lui et d’augmenter, en tant que Scène esthétique, nos surfaces d’échange dans le cadre du modèle de l’Amour, c’est-à-dire une possibilité d’échange sans contrepartie connue et a priori.

Ai-je été entendu?

Un article de Haaretz semble le suggérer puisque l’un de ses journalistes ou éditorialistes affirment que Benjamin Netanyahu tente de faire d’Israël une forme analogue à celle de l’Etat islamique, un monde parfait.. Nous commençons à connaître certaines choses à propos des mondes parfaits, à propos du modèle même de la Perfection, et l’un des plus terribles est le fait qu’un monde parfait est comme un symbole, reliant le présent au lointain avec garantie puisque parfait il est inaltérable et inaltéré. En lui est présent le lointain avec toute sa puissance.

Un autre article paru dans le BAS, Biblical Archeology Survey, rappelle que depuis les temps les plus anciens les Etats entourant Juda ont voulu le détruire parce qu’il possédait quelque chose de terrible dont les autres ne pouvaient disposer. Peut-être ce lointain présent en lui de manière efficace.

Mais, en même temps, nous savons que ce symbole, ce monde parfait, ce Moteur Premier, est nécessaire dans la construction d’un Coureur stratégique car il permet aux autres parties de ce lier tout en pouvant poursuivre leur propre devenir. Lorsque des journalistes, des politologues, constatent désolés ou triomphants le recul des USA dans le monde, la difficulté de leur Président à établir une stratégie ou plutôt, dans nos terme, à construire un Coureur stratégique, il ne s’agit pas au sens factuel d’une perte de puissance mais bien la manifestation d’un fait, les USA ne sont plus un monde parfait, ils se sont remis en route. Nous l’avons déjà affirmé. Et ce qui lui était lié tente, affolé, de trouver un autre symbole, un autre monde parfait pour échapper à l’angoisse du présent entêtant, d’un monde immobile.

Mais, en même temps, un monde parfait est un monde immobile, toujours le même. Si nous le positionnons dans notre outil de la Courbe de la Valeur, il se trouve dans le bas de cette courbe, là où la Valeur ne s’échange pas, là donc où la Valeur cesse de se dégrader, là où n’existent que des mêmes si bien représentés en un temps par la caricature des Américains tous avec le même costume, les mêmes lunettes, le même nœud papillon, la même coupe de cheveux, etc. Ce qui permet de dire que toutes les personnes qui, de l’extérieur, rejoignent l’Etat islamique, le font poussés par un désir d’être communs, de se retrouver dans un état stable qui peut être déclaré comme la manifestation de la paix sur Terre.

Si nous Etats extérieurs agissons d’une manière telle que nous atteignons la Perfection, nous nous retrouverions dans le même Etat que l’IS. Quel intérêt avons-nous à être ainsi en Paix? Aucun puisque nous savons que c’est un leurre car la seule chose de réelle est le Réel qui agira en nous, sur nous, d’une manière inexorable. Et le Réel n’est en rien la paix. Dans le même moment me vient une question, celle du fonctionnement des banques, du monde financier.

Scène esthétique et Coureur stratégique 12

Par Michel Filippi

L‘“Echangeur universel” permet à chacun qui le possède de se lier sensiblement avec un autre, une autre chose. L‘“Amour” ne nécessite pas de relation sensible. Il s’agit de déployer une surface d’échange sans contrepartie a priori. Et c’est probablement la raison pour laquelle ce modèle est celui de la zone de contact du Coureur stratégique avec son environnement. Bien sûr, cela pourrait être le mode “d’échange” de la frontière de la Scène esthétique pour ne pas se lier à son environnement, pour être autonome.

L’intérêt du modèle de l‘“Amour” est de démontrer comment le fait de déployer des surfaces d’échange sans contrepartie peut faire naître un lointain sans représentation a priori mais perceptible par d’autres choses à la condition qu’elles ne cherchent aucune contrepartie dans leur possibilité d’échange.

Si l’IS est un véritable Etat théocratique, il ne cherchera aucune contrepartie de son environnement pourvu que celui-ci n’en cherche aucune. Alors ils percevront un lointain sans représentation a priori. Un tel modèle activé peut justifier qu’un Etat, une entité quelconque, n’éprouve pas le besoin d’échanger au sens de mettre en place un flux bi-directionnel à sa frontière si un lointain apparaît et devient productif faisant apparaître “à l’intérieur” des choses qui, auparavant, n’existaient pas. L’apparition de ces “choses” inattendues seront un “miracle” et apparaîtra comme un gain spécifique qu’aucun autre Etat ou entité ne peut avoir à moins d’être sous la même surface d’échange. Mais l’on ne peut posséder de surfaces d’échange “sans contrepartie” qu’en se complexifiant ou en ré-orientant l’usage des frontières qui ne servent plus alors à générer des flux, du lien. La conséquence de ce mécanisme systémique est que, à l’intérieur de la Scène, l‘“Echangeur universel” peut être remplacé par l‘“Amour”, une relation qui interdit la contrepartie. Or, c’est bien parce qu’existe une contrepartie entre chaque acteur d’une Scène esthétique que celle-ci peut se maintenir et c’est bien parce qu’il existe une contrepartie avec l’environnement que la Scène peut être alimentée et rejeter ses déchets.

Le Coureur stratégique n’échange rien avec son environnement puisqu’il le recouvre de son paysage. Les choses qui peuvent apparaître en lui comme nouveautés sont attribuées au paysage. Mais que se passe-t-il en un lieu qui voit apparaître des choses inédites comme si elles viennent d’un lointain? C’est un miracle. Encore faut-il pouvoir l’accepter. Mais peut-on accepter un miracle dans un Etat qui se décrit comme symbole, forme achevée d’un Etat particulier? Bien sûr, mais à la condition que cette nouveauté puisse être établie comme équivalent. Or, combien d’équivalents manifestement différents peuvent être acceptés en un même lieu de ce lieu? Je ne sais, mais ce que je sais est qu’il existe toujours un moment où la nouveauté suivante est perçue comme différente donc inacceptable.

Tout entité se présentant comme achevée n’accepte qu’un minimum de nouveauté tant qu’elle est perçue comme un “même”. Elle est ensuite obligée de nier leur existence ou de les détruire ou de détruire les vecteurs de leur venue (ou les choses qui apparaissent comme telles). Donc toute entité parfaite, même le Moteur Premier aristotélicien, n’est peuplé que de mêmes qui n’ont pas besoin de se lier entre eux au moyen de l‘“Echangeur universel”. Il suffit que de partout aucune contrepartie ne soit possible.

Il serait alors possible de traverser une telle entité “en toute sécurité” pourvu qu’il n’y ait aucun échange excepté une surface d’échange sans contrepartie.

Scène esthétique et Coureur stratégique 11

Par Michel Filippi

Un Etat stable est un Etat prévisible et les routes commerciales ont besoin de stabilité et de prévisibilité. La plupart des ressources nécessaires aux Etats contemporains qui se développent selon un modèle disons classique ont besoin de routes, de voies ferrées, de xo-ducs, de bateaux. Peut-être certaines sont transportables par des dirigeables mais même eux, surtout eux, ont besoin d’un environnement stable, prévisible. La Russie et l’Iran se sont liés par des accords de transports, la Russie va peut-être construire un gigantesque gazoduc ou oléoduc vers la Chine en engageant des coûts qui nous paraissent démesurés, la Chine se dote d’un réseau de transport jusqu’à l’Europe, le Moyen-orient. Le monde du XIXème siècle n’existe plus.

Les USA affirment dépendre de moins en moins de ressources extérieures autres que celles provenant de l’activité marchande. L’Europe dans sa globalité perd le monopole de client “premium” pour les ressources du Monde au profit de l’Asie. Pour certains, ce portrait pourrait rappeler différents instants de l’effondrement de l’Empire romain d’Occident et des royaumes qui le suivirent vers le VIIème siècle je crois. Le fer n’arrive plus en Occident ou n’est plus extrait sur place, il devient difficile de produire des armes, de cultiver, les ressources monétaires se font rares, la circulation des marchandises et des ressources se contracte, le réseau d’échanges se délite. La description est caricature mais n’est-ce pas ce qui nous attend, la privation de ressources nécessaires au profit d’acheteurs dont la monnaie devient l’instrument des négociations. Ce n’est plus l’Euro ni le dollar. D’autres sont acceptées par les marchands qui, bientôt, les trouveront meilleures à posséder. Bien sûr, ça ne peut se passer ainsi, les Etats constituants leurs réserves de change, les Banques centrales donnant accès à leur monnaie, les parités sont équilibrées et reflètent la richesse des Etats qui produisent les monnaies de référence.

Mais sur quoi est fondée cette richesse? Sur la production de la pierre philosophale, celle qui change le vil plomb en or. Les alchimistes croyaient à cette matière qui demandait pour sa production de la science et de la conscience, une âme pure. Si cette pierre change le plomb en or ou, telle Midas, change tout ce qu’elle touche en or, la richesse est assurée et vous pouvez ainsi disposer de toutes les ressources du Monde, de l’Univers, puisque tous leurs possesseurs veulent en échange de l’or pour satisfaire leurs besoins. Nous continuons cette recherche et les appels, en France, à produire de la nouveauté et des produits de grande qualité, n’ont que cette visée, la pierre philosophale ou ce qui peut lui ressembler et que j’ai désigné dans d’autres écrits comme “Echangeur universel”. Si le symbole est nécessaire pour faire tenir les différentes parties du Coureur stratégique l‘“Echangeur universel” est nécessaire pour construire des Scènes esthétiques complexes. Lui seul permet à des acteurs variés, présentant donc une très grande diversité de qualia (qualités sensibles), de construire des rôles pouvant tenir ensemble dans un drame unique.

L‘“Echangeur universel” peut être n’importe quoi, une monnaie, l’or qui avait la possibilité de tout représenter affirmait Michel Foucault, un symbole au sens initial du terme, etc. Mais il peut être remplacé par autre chose qui s’apparente au développement des surfaces d’échange d’une chose, d’un être. Cette autre chose nous l’avons nommée “Amour”. “Echangeur universel” et “Amour” sont deux voies différentes permettant les liens mais elles n’ont pas le même fonctionnement ni les mêmes conséquences pour les êtres, notre compréhension du Réel.

Scène esthétique et Coureur stratégique 10

Par Michel Filippi

Ce Califat se détache de son environnement car qui peut se lier aux mains tendues des corps crucifiés si ce n’est ceux qui veulent se soumettre, faire partie, être en dedans. Il attire, il va vers la perfection. Quel est-il une Scène ou un Coureur?

Il est une Scène, il n’est qu’une Scène et cette Scène vaut pour stratégie, un Coureur immobile et le seul que nous connaissons est le Moteur Premier aristotélicien. Tel qu’il se montre le Califat n’aura aucun lien avec qui que ce soit puisqu’il est perfection. Mais alors quelle raison à cette volonté d’éditer des passeports? Nous pensons aux passeports pour sortir de nos pays et aller en d’autres avec le minimum de difficultés mais il existe des passeports intérieurs dont l’objectif est de vous fixer en des lieux précis du territoire et ne permettre la circulation qu’à quelques uns. Les passeports intérieurs sont un instrument de puissance pour qui les accorde et de subjugations pour qui les reçoit. La France en a connu avant la Révolution et au XIXème siècle contrôlant ainsi les “automates ambulatoires”, les condamnés libérés, les forçats défaits de leurs chaînes.; mais aussi les expatriés venus trouver refuge, les ouvriers. Carnets de circulation, livrets ouvriers.

Il s’agit de contrôler l’ordre et ce qui produit de la richesse. La Prusse interdit ainsi à ses paysans de se déplacer, un véritable servage jusqu’au XIXème siècle. C’est une forme de fer rouge qui implique la difficulté à changer de classe sociale, la nécessité d’admettre tout de son maître qui conserve, comme pour les ouvriers en France, ce carnet qui permet d’aller chercher ailleurs de quoi vivre, d’autres conditions. Et si le passeport permet d’aller en dehors de tels pays, c’est pour apparaître comme un acte de puissance, de souveraineté. Même en dehors le possesseur appartient à qui lui a remis ce droit de voyage, il est le porteur de la puissance et de l’impossibilité pour en autre de mettre la main sur ce corps ambulant. N’est-ce pas le rôle du passeport diplomatique. Ne voyons donc pas dans ce passeport la volonté de se lier mais la volonté renouvelée d’être séparé.

Lorsque la Scène esthétique et le Coureur stratégique sont confondus, leurs dynamiques sont confondues. Et si le modèle est celui du Moteur Premier, l’ordre de la Scène et du Coureur sont les mêmes, se reflétant l’un l’autre sans jamais s’user. Dans les termes de la théorie des systèmes, ce sont alors des systèmes stables, consommant peu d’énergie ou recevant de l’extérieur l’énergie équivalent à celle consommée. Si les Talibans semblent avoir tenté de produire ce modèle, tous les Etats auto-suffisants en ont cherché la mécanique mais comme Montesquieu l’a fait. Les Etats auto-suffisants n’ont que deux possibilités pour se maintenir. Appauvrir le plus possible ses membres à l’instar de certains économistes européens qui recherchaient le moindre coût pour l’ouvrier permettant de conserver sa force productive ou avoir la plus grande étendue possible de ressources variées comme le firent différents Empires. Les échanges internes suffisent pour diminuer l’appauvrissement généralisé ou plutôt pour créer une ou plusieurs classes de gens moins pauvres. Tous ces Etats, Empire et Califats, sont une négation d’un monde général d’échanges. Est-ce idéologique? La volonté d’un tel Etat est-il lié au refus, par exemple, de l’hégémonie de l’Occident, des USA, sur des pays, des populations, particulières, qui auraient ainsi perdu leur volonté délibérative et leur capacité à l’autonomie? Ou bien, s’agit-il de retrouver ce temps mythique où le monde musulman contrôlait la relation de l’Occident à l’Orient et à l’Extrême-orient. Un monde sans lien ne peut se pénétrer, ne peut accueillir en lui ce qui est étranger. Appauvri ou tenant de son intérieur ses ressources, il est le plus stable possible.

Scène esthétique et Coureur stratégique 9

Par Michel Filippi

Voilà, il faut faire le tour de tous les pays qui forment l’Asie du Sud-est et ceux de la péninsule indienne, l’Iran peut-être, et se demander si sur les cent prochaines années ils peuvent se nourrir, avoir de l’eau et les autres ressources nécessaire à leurs programmes de développement, à l’augmentation de leurs populations, de leurs besoins, et nous constatons qu’ils ne peuvent se contenter de ce qui existe sur leur sol.

Les humains sont prévoyants. Parfois et surtout les marchands. Les humains aiment la stabilité et le désordre, chacun cherchant par ces deux opposés à se déplacer et à se protéger. Les humains coopèrent mais perdent facilement confiance. Les humains luttent pour eux-mêmes, leurs semblables, leurs valeurs et leurs croyances. Les humains craignent pour leur vie, celles de leurs enfants, leur statut social et ce qu’ils appellent leur bonheur. Les humains aiment le lointain et le proche. Ce sont des sentences, des jugements et des opinions, d’une telle banalité que nous pensons rarement à leur efficacité lorsque les humains prennent des décisions. C’est une efficacité stratégique.

La stratégie a pour finalité la survie. Le Coureur stratégique est l’outil, la construction, la manifestation, l’orientation donnée aux moyens, ressources variées, pour qu’un ensemble quelconque survive. S’il peut être la manifestation d’une Scène esthétique, il semble aussi que nous devons faire l’hypothèse qu’à certains instants plusieurs Scènes esthétiques peuvent se coordonner pour construire un seul Coureur, les Scènes esthétiques n’étant pas réduites aux Etats, à une culture, c’est un mode d’organisation du vivant avec les choses pour, en quelque sorte, “être en vie”, pour que le monde chante un air reconnu en réponse aux actions, actions qui ont des sources variées et opposées. Lorsque l’organisation du monde, de notre monde, ne permet plus à ces sources de s’écouler de manière satisfaisante, elles vont s’orienter dans le paysage existant quitte à construire d’autres paysages. Nous pourrions dire qu’alors émergent d’autres Scènes esthétiques, de toutes tailles, avec des acteurs différents ou partagés, et des Coureurs stratégiques. Leurs fonctionnements sont conformes à leur modèle pourvu que la Scène et le Coureur soient bien construits.

Je ne suis pas certain que la perfection de la construction soit la certitude d’un fonctionnement efficace et satisfaisant pour les différents acteurs et les sources de leurs actions. Nous jugeons de cette efficacité, de cette satisfaction, de manière instantanée ou nous retournant vers ce passé certain. Mais l’avenir? Or cet avenir est formé dans et par le Coureur stratégique.

Cet avenir est-il masqué ou peut-il nous apparaître comme la représentation certaine d’une figure lointaine? Il y a bien sûr d’innombrables représentations qui sont en concurrence depuis celles les plus attirantes à celles les plus repoussantes et qui sont parfois les mêmes. Ces représentations de la figure lointaine nous pouvons les confondre avec les épouvantails construits aux frontières des Scènes esthétiques.

Reprenons notre exemple de l’IS, de ce Califat en construction. Il semble fonctionner comme une Scène esthétique et use de l’activité sensible pour faire tenir ensemble ses parties et pour se détacher de l’environnement qui est alors renvoyé à ce qu’il devrait être, un apeiron, lieu sans orientation possible, probablement chaotique. A ses bords se dressent des gibets dont le modèle étrangement me fait penser à ces représentations des gibets moyen-âgeux par différents illustrateurs européens.

Scène esthétique et Coureur stratégique 8

Par Michel Filippi

Les cartes pour qui sait les lire montrent les écoulements. Et lorsqu’il s’agit de ressources, le vivant tente de les faire s’écouler vers leur destination à moindre coût. Même l’inerte semble agir ainsi. Pour le vivant quel serait son avantage à consommer la plupart des ressources extraites pour les acheminer à leur point final? A moins d’une transformation telle que la valeur obtenue du peu restant serait considérablement plus élevée que celle obtenue par le transport de la presque totalité de cette ressource. La valeur peut-être traduite sous la forme d’une part de la richesse du destinataire, d’une part de pouvoir, d’honneur ou la réduction d’un risque fatal. Mais ce n’est pas le cas le plus courant. La ressource s’écoule au moindre coût.

Alors, si les ressources de l’Aie centrale sont accessibles, elles doivent pouvoir s’écouler à moindre coût vers ses utilisateurs, ce sont des routes, des chemins, des voies caravanières, des lignes de chemin de fer, les ports, les cargos. Qui extraie les ressources peut devenir riche, puissant. Qui les convoie peut devenir puissant et riche. Qui les livre tient en son pouvoir son client.

Nous savons que si entre le puit de ressource et le destinataire final existent différents états, pouvoirs, il en coûtera pour faire la livraison, soit pour installer, protéger, les voies d’écoulement soit pour payer un droit de passage. L’extracteur, le livreur, le transporteur, ont tout intérêt à ce que la ressource soit transportée à moindre coût. Si donc existent des pays, des pouvoirs intermédiaires, ils doivent peu coûter à traverser tout en offrant les meilleurs services en terme d’efficacité du transport et de protection. C’est à cela que servent les accords commerciaux, politiques, et autres agréments pour pouvoir vivre ensemble.

Mais si se présente un risque de guerre, de pénurie, pouvons-nous être sûrs du respect de ces accords et agréments par les territoires et pouvoirs servant d’espaces intermédiaires? L’histoire affirme le contraire et les événements récents, montrent que des populations ou des pouvoirs ennemis n’hésiteront pas à soustraire une ressource à son destinataire parce qu’elle est immédiatement accessible même si les accords et agréments l’interdisent. Donc, producteurs, livreurs, utilisateurs finaux, ont intérêt à avoir des lignes d’approvisionnement garanties en cas de guerre. Au XIXème siècle l’Angleterre a développé la plus grande flotte de guerre à cet effet, a conquis différents pays ou s’est alliée à différents régimes politiques par des accords ou la corruption, pour sécuriser ses voies d’approvisionnement. Ce qui s’est montré efficace pendant les deux dernières guerres mondiales. Les USA font de même actuellement.

Mais qu’en est-il des autres pays, des autres pouvoirs? Il n’existe pas de contrées dans le monde, de pays, qui n’aient des problèmes à cours ou moyen terme d’approvisionnement en ressources vitales, l’eau, la nourriture et l’énergie. La déstabilisation du régime des moussons ainsi que les grands travaux hydro-électriques chinois, font que le Pakistan, le Bengladesh, l’Inde, tous les pays de la péninsule dite indochinoise ou Asie du Sud-est continentale, auront des problèmes d’approvisionnement d’eau.

L’urbanisation de la Chine, le non entretient des sols, font que la surface cultivable diminue drastiquement alors que la population augmente et consomme de plus en plus de nourriture coûteuse à produire. Il en est de même pour les autres pays cités. Et lesquels possèdent les ressources énergétiques nécessaires pour produire et les ressources transformables ?

Scène esthétique et Coureur stratégique 7

Par Michel Filippi

Les cartes montrent que l’IS se déploie le long des fleuves, entoure les lacs-réservoirs de Bagdad et s’empare des champs pétrolifères qu’il peut. On dit qu’ils vendent ce qu’ils peuvent à qui en veut. On dit aussi que son armée est de plus en plus performante et non une poignée de va-nu-pieds. Les images montrent bien une quantité de véhicules japonais qui ne semblent pas être des prises de guerre mais bien du matériel neuf livré par le constructeur. Son ordonnancement montre bien la présence d’officiers et sous-officiers formés par l’équivalent d’une Ecole de guerre. Si d’un côté il semble que les cadres de l’IS sont issus de formations de manager, de marketing, de publicité même et d’informaticiens, d’autres sont des militaires professionnels ou professionnalisés.

Même s’ils agissent par idéal, même si la pauvreté des compagnons du Prophète est peut-être leur façon de vivre, ce qu’ils manipulent coûte. Et même si les enlèvements et les coffres irakiens leur fournissent des fonds pour mener la guerre, il leur a fallu des subsides pour l’amorcer. En Arabie saoudite ils ont trouvé des financiers. Je suppose qu’ils en ont trouvé aussi en Turquie. Peut-être que tous ces financiers agissaient par idéal mais peut-être ont-ils d’autres visées.

La première qui vient à l’esprit de tous est celle de briser la continuité territoriale chiite. Opération effectuée, il resterait à l’IS de se fortifier pour contrer toute attaque. Le territoire est grand, propice à des actions d’enveloppement à longue distance par des voies autres que routières, bien que ce ne soit pas un terrain plat et lisse. Et ses habitants sont plus favorables à cet “Etat” qu’ils ne le sont à celui encore légitime d’Irak ou de Syrie. Que dire de l’Iran? Mais on lit aussi par ailleurs que l’IS veut éditer des passeports. Il ne s’agit donc pas d’une organisation militaire incluse dans un projet et prête à se défaire à l’étape suivante d’un plan visant la Syrie ou l’Irak ou l’Iran. Il y aurait une volonté de rester là.

En dehors de la vente du pétrole qui implique son exploitation et la présence de personnels spécialisés, quelles sont les ressources permettant à cet Etat de survivre et de s’équiper militairement ou pour sa population. L’exemple de l’Afghanistan montre que l’Etat taliban a compté sur le commerce, la drogue en partie bien qu’il semble dans un second temps avoir voulu réduire la culture du pavot et les fournitures militaires plus ou moins secrètes du Pakistan. Il semble aussi et surtout que des sociétés étrangères soient venues à la recherche de ressources minières, sociétés visibles dans l’Afghanistan actuel. Nous savons par ailleurs que l’intérêt des services secrets pakistanais dans le soutien des Talibans est à la fois idéologique – renaissance d’un Empire musulman, celui Moghol peut-être, contrant un monde façonné par “l’Occident” et économique – contrôler les voies d’accès aux ressources de l’Asie centrale.

Posons l’Asie centrale au centre de la carte et regardons les voies d’écoulement de ses ressources. Signalons au passage que d’autres cartes affirment que la moitié des humains sur Terre vit en “Asie”.

http://www.lib.utexas.edu/maps/middle_east_and_asia/asia_pol_2012.pdf
http://www.lib.utexas.edu/maps/middle_east_and_asia/asia_ref_2012.pdf
https://twitter.com/HistoricalPics/status/444805321866096640/photo/1

Scène esthétique et Coureur stratégique 6

Par Michel Filippi

L’Etat islamique, le Califat, utilise-t-il des outils dérivés du modèle du Phénix? Bien sûr, il affirme être une renaissance, à la fois celle des Abbassides et celle des Ottomans, les cartes de ses revendications territoriales semblant fusionner les deux anciens territoires. Il est clastique détruisant les anciennes frontières, ses opposants et prévoyant même d’aller au-delà des Wahhabites dans la destruction des idoles, en détruisant la Pierre Noire de la Kaaba. Le Phénix renaît des cendres du feu qui a tout consumé, à la fois successeur et totalement neuf, soigné par le feu purificateur. Je ne serais pas étonné que l’on trouve parmi les cadres de ce Califat, de cette armée, des gens formés dans les écoles de management anglo-saxonnes. Mais il faut savoir que ce modèle est aussi enseigné dans les écoles militaires.

Affirmer que ce Califat manque de légitimité, comme je le lis à droite et à gauche, c’est oublier d’abord que sa proclamation est interne comme le constat d’une réussite. Il justifie l’entreprise de cohérence étatique comme l’action sociale, les opérations de pardon envers les membres administratifs de l’ancien Etat d’Irak, la mise en place de l’impôt de capitation et bien d’autres choses dont je ne suis pas averti. Il se présente en interne comme le monde musulman d’origine “soigné”, guéri des maux qui ont affecté historiquement son développement, guéri par ses propres capacités de guérison, son “self-healing”.

Les prétendants historiquement légitimes au Califat peuvent-ils donner une telle image de guérison? Est-ce que le roi de Jordanie en son royaume peut être l’exemple d’un Califat guérit? Le roi du Maroc et son pays ont-ils atteint cette perfection? Et la Turquie malgré l’ancrage de son gouvernement dans le soufisme peut-elle présenter cette image de guérison, de renaissance? Quant à l’Arabie saoudite … Leurs dynamiques immédiatement passées, actuelles et à venir, nous donnerons des renseignements sur les modèles mis en œuvre pour cette guérison, cette perfection si tant est qu’elle est recherchée et que ces Etats aient les mêmes visées que le Califat.

Quelles sont ces visées? Une fois que le Coureur stratégique a atteint dans toutes ses parties la perfection de son symbole il est immobile. Apparemment, pour que son paysage survive, seuls les mécanismes de la Scène esthétique sont efficaces. Ils fonctionnent en interne et vers un extérieur dont il se différencie nécessairement. Mais comme la Scène appartient au monde des systèmes, il lui faut de l’énergie et pouvoir rejeter vers l’extérieur l’équivalent de déchets à moins de les recycler. L’intérêt du recyclage est de pouvoir éliminer toutes les perturbations entrantes. Un tel système, s’il n’est pas suffisamment alimenté, tend à se mettre dans les conditions minimales d’énergie possibles sans désagrégation.

Le Califat peut être tenté d’aller sur cette voie car il a un exemple et une cause. L’exemple est celui de l’Afghanistan des Talibans; la cause tient au fait que la guerre menée par l’ISIS et ses actions ont tendance à baisser drastiquement les tensions suscitées par la construction des Etats modernes d’Irak, de Syrie, du Liban, de Jordanie, d’Israël, d’Arabie saoudite et qui ont accumulé de l’énergie à leurs interfaces.

J’ai choisi d’explorer cette voie car rien dans les propos actuels du Calife et de ses porte-parole n’indique que des ressources seront consacrées à l’édification d’un Etat selon l’idéal du terme que nous utilisons en Europe par exemple. Bien entendu existent différents idéaux qui chacun tentent de conquérir leur légitimité.

Scène esthétique et Coureur stratégique 5

Par Michel Filippi

Nous cherchons des rôles et les acteurs qui actuellement les tiennent et parfois nous trouvons des acteurs anciens ou futurs.

Deux Etats concourent pour le rôle de symbole qui signifierait leur achèvement. Nous pouvons supposer que l’évolution de l’Etat d’Israël vers un Etat religieux est un effort pour cet achèvement qui n’aurait pas été réalisé par la forme originelle de cet Etat. La présentation de l’IS va aussi dans ce sens et reprend en quelque sorte la formulation d’Israël. Face à l’Etat de tous les Juifs nous aurions l’Etat de tous les Musulmans. Mais l’Arabie saoudite se présente aussi comme symbole non en étant l’Etat de tous les Musulmans mais celui qui tient en li, immobile et achevé, le Lieu Saint par excellence. Un Etat d’autant plus achevé que le wahhabisme a effacé toutes traces des idoles anciennes, des religions anciennes. Cet Etat est né achevé. Il est parfait et le symbole ne peut être méthodologiquement que perfection. Ce qui ne peut être le cas de qui s’articule à lui.

Comme nous le savons c’est la dynamique des parties liées au symbole qui met en mouvement le `Coureur stratégique et génère le paysage dans lequel il se déplace et qui recouvre l’environnement faisant ainsi percevoir aux acteurs de la Scène esthétique un monde qui vit, un monde de vie. Il ne peut donc exister de Scène esthétique sans Coureur stratégique. Si ce Coureur n’existe pas, la Scène se dégrade vers son plus bas niveau d’énergie même si cela constitue nécessairement sa finalité. Nécessairement le Coureur stratégique est hétérogène et aucune de ses parties n’a atteint sa fin, un état de perfection. Donc les différents Etats qui se manifestent ou se déclarent comme achevés sont plutôt des Scènes dès qu’ils exigent de toutes les parties ce même achèvement.

Nous pouvons alors nous demander s’il existe une nécessité à la mise en plus en ce lieu du Moyen-orient, du Croissant fertile, d’Etats qui auraient atteint leur fin. Rappelons que l’Empire byzantin a tenté aussi d’atteindre la perfection par la pratique religieuse généralisée, pratique qui a fait que les livres contenant la connaissance physique, philosophique, mathématique, du monde, ont été grattés pour devenir des livres exclusifs de prières. Même si en agissant ainsi les humains ont voulu construire le Moteur Premier aristotélicien, du point de vue de la théorie des systèmes, la perfection est comme un état cristallin duquel tout mouvement est absent, qui n’échange rien avec son extérieur ou un état minimal énergétique. Ce dernier fonctionne comme un piège tandis que le premier peut, sous certaines conditions, libérer l’énergie qui maintient ses parties et cette libération est a priori violente, bien que maintenant nous sachions faire autrement pour utiliser l’énergie encapsulée dans certains cristaux.

Nous devons alors nous poser la question de savoir si les Politiques qui tentent de mener un Etat vers sa perfection ont les outils pour user de son niveau particulier d’énergie. Dans Manifeste pour une stratégie expérimentale j’ai signalé que les travaux de l’économiste M. Jensen sont reliés à une croyance que j’ai nommée “Modèle du Phénix”. Pour atteindre la perfection , toute entreprise, tout Etat, tout individu, doit renaître plusieurs fois, c’est-à-dire libérer d’abord de manière clastique l’énergie contenue en lui, pour qu’une construction nouvelle se fasse. L’observation montre bien que des outils à cet effet ont été construits et sont utilisés. Nous pouvons même affirmer que ce modèle et ses différents outils sont à l’œuvre dans la guerre idéologique qui ravage les pays européens, les USA et probablement d’autres pays.

Scène esthétique et Coureur stratégique 4

Avant d’aller plus loin dans la mise en place des acteurs et de leurs relations au travers de rôles, rappelons que ce que nous observons, ce vers qui porte notre attention, est organisé comme une sorte de mille-feuilles. Chaque feuillet a son organisation propre, ses “parties” et ses “liens”, et une dynamique. Les feuillets communiquent entre eux sans que cette communication soit conditionnée par la proximité la plus intime. Les feuillets ne sont pas les décalques les uns des autres selon un mouvement de haut en bas ou de bas en haut. Chacun des feuillets a sa propre temporalité et son propre espace d’évolution.

Cette organisation en mille-feuilles est une hypothèse calquée sur la façon dont nous comprenons l’organisation du vivant ou celle du Réel physique. Mais existent d’autres organisations présentant cette sorte de complexité, ce sont celles mises en place par les acteurs. A l’intérieur de ce mille-feuilles, les connaissances qu’ils mobilisent ne sont pas les mêmes que celles utilisées par l’observateur, elles ne visent pas les mêmes choses, provoquant une découpe du mille-feuilles selon d’autres ordres d’organisation, englobant ou excluant d’autres parties.

C’est pourquoi les observations et compréhensions des uns et des autres ne se valent pas et sont difficiles à comparer bien que pour chacun – acteurs et observateur – sont visées soit l’augmentation des connaissances et de la compréhension, soit la confirmation de ce qui est auparavant connu et compris, les deux positions ne s’excluant pas.

Ce rappel méthodologique est nécessaire ici pour éviter que l’on me renvoie le fait que mes descriptions ne correspondent pas aux événements tels qu’ils sont décrits, à l’Histoire telle qu’elle est décrite, aux témoignages directs des acteurs. Pour ces derniers, je ferai remarquer que l’analyse des connaissances mobilisées par leurs énoncés devrait être prise en compte et représentée pour que nous comprenions ce qui est dit au lieu de nous contenter de la compréhension immédiate de l’énoncé. Et nous devons prendre en compte aussi la manière dont l’acteur utilise ses énoncés pour justifier ses actions, passées et à venir, et l’articulation de cette utilisation avec les connaissances sous-jacentes. C’est un travail fastidieux mais nécessaire que nous ne ferons pas ici, ou alors de manière incidente.

J’en étais arriver à dire que l’Etat d’Israël fonctionnait comme symbole pour faire tenir ensemble différentes parties du Coureur ottoman, parties regroupées dans des Etats. Ces Etats sont de jeunes organisations entrain d’évoluer et n’ont pas le pouvoir d’être ce qui fait tenir ensemble malgré les prétentions de dirigeants comme le Président Nasser par exemple. C’est le fait qu’Israël se soit annoncé comme un Etat achevé qui lui a donné ce rôle de symbole. Et la guerre et la haine nous le savons peuvent créer des liens bien plus solides que la paix et l’amour réciproque. Mais il se trouve que cet Etat dit juif n’est pas achevé et qu’il ne peut donc tenir lieu de symbole. Il le tente en devenant de plus en plus religieux, en excluant de plus en plus ce qui peut le déstabiliser. Dans le même moment, la prétention de l’Etat iranien à être aussi un Etat achevé parce qu’en accord avec la Loi de Dieu en fait un candidat au rôle de symbole. Bien sûr, l’explication la plus immédiate est de déclarer que l’agrégation que tente de faire ce pays est liée à une préférence pour ses coreligionnaires mais ce n’est qu’une facilité ou, de la part de ses dirigeants, une mauvaise perception de la situation. Mais je ne parie pas sur cette dernière explication. Nous pouvons aussi voir cette agrégation comme la réoccupation du territoire d’influence perse, sassanide. Mais nous devons distinguer l’écoulement qui influe sur le jeu, du rôle. Par précaution.