La Cuisine des Editions LEXEMPLAIRE

Parce qu'être exemplaire est toujours un peu révolutionnaire. Parce que si l'exemple est unique, il a toujours vocation à devenir multiple...

Alors les textes publiés sous l'égide de la maison partagent un même objectif : augmenter le présent.

La "cuisine" en est l'espace naturel d'expérimentations, qu'il s'agisse de nourrir des textes futurs, ou simplement d'en partager quelques ingrédients qui ne se retrouveront pas nécessairement dans les plats.

Scène esthétique et Coureur stratégique 22

Par Michel Filippi

Les explications données par Jean Peyrelevade pour rendre compte d’un immobilisme qu’il perçoit dans la société française, immobilisme adonné aux extrêmes, sont comme des dimensions du futur, d’un futur particulier. Au manque d’éducation correspondrait un plus d’éducation, à l’immobilisme le mobile et aux extrêmes un état médian. Les propos de Nicolas Nova ou de son commentateur Hubert Guillaud font des dimensions du futur ce qui a été annoncé, sa mauvais répartition, un signal faible peut-être.

Ces dimensions éventuelles pouvant cerner le futur sont en contradiction avec les propositions de Clément Rosset puisque la réalité n’ayant aucun sens – comme signification et orientation obligées – l’objet qui paraît être cerné par l’économiste et le “futuriste” n’est qu’un objet, un cosmos au sens de Karl Popper, possible ou impossible. Il n’est pas disposé comme ce qui est devant nous ou derrière nous ou en nous. Il est là si un être existe en lui et pas là pour un autre qui n’existe pas en lui.

Ce cosmos, cet objet, a plutôt les caractéristiques d’un “présent endurant”, un “lasting now”, d’une Scène dont on est acteur ou dont on est absent, peut-être un spectateur lointain et hasardeux, mais il ne peut être qualifié de devenir. A cette aune, celui qui a peu d’éducation et ne veut pas bouger est tout autant un phénomène du Réel qu’un autre être qui serait éduqué et mobile, usant d’objets jusque là inconnus de lui.

Plus rigoureusement peut-être, les uns et les autres représentent des tentatives humaines d’adaptation à un milieu, à un environnement. Nous ne pouvons savoir s’ils perçoivent le même environnement et si leurs modes d’adaptation se valent ou sont préférables l’un à l’autre. Nous ne pouvons le savoir tant qu’un lointain n’est pas désigné, tant que nous ne voulons pas atteindre ce lointain.

Nous savons, depuis la disparition de la plupart des Etats communistes, que les idéologies sont mortes et parmi elles celles de la foi dans le progrès de l’humanité puisque nous craignons la foi, puisque nous ne savons plus donner une définition commune et en quelque sorte suprématiste de ce terme de rpogrès. J’aime bien rappeler cependant ce que disait il y a quelques années un “homme premier” de Nouvelle-Zélande. Lui aussi voulait avec son peuple des montagnes vivre dans le confort moderne en profitant de la richesse souterraine de leur terre plutôt que de vivre comme les ancêtres. Nous glorifions leur mode de vie comme respectueux de la nature, lui l’appelait précaire, dangereux et de pauvreté. Nous avons ironisé sur les lendemains qui chantent mais le chant du monde nous est devenu inaudible.

Alors, franchement, je trouve ringardes les affirmations de Nova, Guillaud et Peyrelevade. Si le futur est déjà là et que nous ne nous en rendons pas compte c’est que ce “là” n’est pas le futur. Et si Jean Peyrelevade croît que seuls les éduqués sont mobiles, alors c’est qu’il ne connaît pas l’histoire des migrations. S’en vont d’un lieu ceux qui ne trouvent pas moyen d’y vivre et ont cependant les moyens d’aller ailleurs, un ailleurs désigné. Mais ici, sur les franges de l’Europe nous n’avons pas d’ailleurs, nous n’avons pas de moyens pour y aller même si nous n’arrivons pas à y vivre. Et franchement est-ce un ailleurs que d’aller voir les “stations” d’Internet, les sites commençants et de jeux? Non, puisque nous retournant nous trouvons notre corps là prisonnier du présent endurant. C’est pourquoi je m’étonne de la critique faite par Nova et Guillaud de China Mieville comme type d’auteur SF annonçant ce qui est déjà là.

Scène esthétique et Coureur stratégique 21

Par Michel Filippi

Le hasard que la plupart des chercheurs et expérimentateurs connaissent m’a fait lire quelques digressions d’Hubert Guillaud à propos de “Futurs, la panne des imaginaires technologiques” écrit par Nicolas Nova. Un blog. Je parcours les intertitres: “La science-fiction est déjà là”, “Nous n’avons plus de futur … seulement sa nostalgie”, “Le futur est déjà là. Il est seulement mal réparti”, “Une bonne histoire de science-fiction doit pouvoir prédire l’embouteillage et non l’automobile”, “L’avenir, signal faible?”. Parlons-nous eux et moi de la même chose?

S’il s’agit des futurs que tentaient de prédire les écrivains de SF, cela fait un moment qu’ils sont présents sous la forme d’objets, de comportements, de façons de percevoir le monde, l’espace, l’univers. Il me paraît certain que ces futurs au présent ne sont pas également répartis, déchirant la trame de nombreuses sociétés, Etats même. Mais, au même moment, ces objets, ces comportements, ces choses donc, ne sont que des représentations de représentations esquissées, mises en scène, dans ces différents livres qui annonçaient un quelque chose qui est peut-être déjà là ou n’est pas du tout là.

Le hasard qui fait bien les choses me fait lire un autre papier signé “Argoul” à propos de Clément Rosset – dont on dit que je partage quelques thèmes – et de son livre de 1977, “Le Réel. Traité de l’idiotie”. “Le réel est ce qui existe, “sans reflet ni double: une idiotie au sens premier du terme” … (idiot veut dire simple, particulier, unique, plus globalement sans raison). Deux parties dans cet opus qui poursuit la quête philosophique sur ce qui existe: 1/D’un réel encore à venir, 2/ Approximation du réel. …”. Bien sûr avec Clément Rosset nous ne sommes jamais sûr de savoir si le réel dont il parle est celui des physiciens et que François Laruelle et d’autres comme moi reconnaissons comme un absolu organisateur ou la réalité, c’est-à-dire ce que nous vivons. Je rajoute cependant que je suppose dans d’autres écrits que le vivant dont nous faisons partie produit par le Réel actuel peut-être la source d’un autre Réel à venir.

Pour le philosophe, le réel-réalité n’a pas de sens et – c’est moi qui le dit – lui en attribuer un est une escroquerie. Le hasard peut bien expliquer les choses que nous vivons. Les modèles que j’emploie et qui sont extraits de mes observations sur la façon de faire du vivant, sont d’accord avec cette proposition que l’on pourrait traduire simplement en affirmant que si le Réel – celui que les physiciens étudient – impose ses contraintes comme des absolus, la manifestation de ces contraintes est hasardeuse. Ce qui nous pourrait avoir du sens n’est qu’un étau dont nous n’arrivons pas à écarter les mâchoires.

Ce qui fait que ces futurs qui sont là, présents, ne sont plus des futurs attendus, donc des manifestations du hasard. Alors il se pourrait qu’ils donnent un sens à ceux qui vivent avec et en usent et laissent hagards, désorientés, ceux exclus. Mais il se pourrait aussi que leurs présences soient perçus par ceux qui vivent avec comme un mensonge, un mirage, contre lequel ils se heurtent, dans lequel ils sont égarés.

Bien sûr, nous pouvons trouver différentes explications et des plus pernicieuses pour rendre compte de cet égarement et de ce sentiment de falaise infrangible. Par exemple que ce sont les moins éduqués d’entre nous, les moins décidés à changer de lieu d’habitat, de travail, ainsi que le dit Jean Peyrelevade dans une interview au journal Le Temps vers la mi-septembre 2014.

Scène esthétique et Coureur stratégique 20

Par Michel Filippi

Nous avons toujours imaginé la nécessité d’une impulsion violente pour passer d’un monde à un autre là où aucun passage est visible, là où même un autre monde est invisible bien qu’il fasse sentir son existence. Il se fait d’autant mieux sentir que la frontière se comporte comme étanche, sans connexion avec l’au-delà.

La saturation des abords de l’Electronique parce qui paraît actuellement totalement le représenter rend la frontière des deux mondes étanche. A la pression qui nous fait parvenir le message de son existence, nous voulons répondre par une percée, la construction d’un chemin qui nous fera émerger. Une orientation est créée et ne demande qu’à s’assouvir là où la frontière sera le plus facile à traverser.

Les modèles utilisés ici ne fonctionnent pas pour juger des activités du vivant et de ses constructions comme, par exemple, les sites marchands. Nous avons tellement l’habitude de voir dans le philosophe le contempteur du monde marchand, que nous pouvons croire que le philosophe ici agit de même. Non; ici il décrit; ailleurs il a démontré et ce qu’il a démontré sont les conséquences de certaines constructions, de certaines prémisses.

L’Electronique comme la Physique quantique sont présentés à chacun comme des mondes inaccessibles. Ils se recoupent d’ailleurs, se superposent presque, et seuls quelques explorateurs hardis et bénis des dieux en ramènent des connaissances, la matière première étrange qui les compose. Seuls quelques habiles forgerons savent tirer de cette matière des objets brillants, animés d’une force étonnante, force qui montre sa magie, ses tours, à ceux qui savent bien parler et inscrire leur poèsis en elle. C’est une révélation et une amputation qui, étrangement, peut devenir prothèse et nous donner accès alors à des actions, à un monde – des parties d’un monde — qui nous sont refusées, dont nous avons été séparés. L’amputé lié à sa prothèse électronique découvre un monde inaccessible auparavant par sa main organique. La paralysée en mouvement – totalement ou en partie – n’est plus ce corps organique qui marche, qui prend, qui porte à soi ce qui était devenu lointain mais un nouvel être qui se meut, qui meut, dans des espaces inconnus.

A la fin de la WW2, des écrivains ont inventé que les gens d’Hiroshima, de Nagasaki, pulvérisés par les bombes nucléaires étaient toujours en vie mais dans l’espace des électrons, ne pouvant être visibles, accessibles, que par le moyen des écrans TV. Avant, certains avaient déjà imaginé cette présence du mort dans l’éther et tentaient, tentent encore, d’entendre leurs voix dans le brouillard des ondes radios. Peut-on parler d’une connaissance naturelle de nos organismes sur eux-mêmes, d’une hallucination à chaque fois sollicitée par l’apparition d’un nouvel espace, d’une nouvelle matière? Peut-être. Les morts ne sont-ils pas aussi plongés dans les eaux profondes et noires?

Il se peut alors qu’un roman comme l’EmbassyTown de China Mieville soit, comme d’autres avant, que l’ultime répétition d’un voyage vers l’île des Morts. Mais il se peut qu’il nous dise comment faire pour voyager dans ces nouveaux espaces que sont l’Electronique et le Quantique, voyages que nous pouvons faire sans abandonner nos corps. A moins que nous soyons plutôt les “Hosts” aux corps étranges, se mutilant pour accéder à la Langue alors que leur langage est formellement clos. N’êtes-vous pas étonnés par les mutilations de Daesh, leur langage?

Scène esthétique et Coureur stratégique 19

Par Michel Filippi

Portes de Ceuta, port de Calais, chemins dérobés superposés aux autoroutes fréquentées, nous dont la navigation est renvoyée à coup de bifurcations, de sirènes aguicheuses vers ces comptoirs qui affirment être la seule réalité possible de l’Internet, du Web, de l’Electronique.

Ce sont des môles dupliquant les malls, un même épouvantail. Et nous connaissons le rôle des épouvantails, dresser la frontière, la séparer de l’environnement et faire peur pour éloigner, pour affirmer que nous serons mis à mort une fois franchis le seuil, comme les mises à mort du Califat le font. Est-ce à dire qu’au sein de l’Electronique la recherche de la perfection est à l’œuvre, la démonstration de la perfection électronique se fait saturant tous les horizons? Alors poser la question ici de la présence d’Avalon est sans objet. Mais ce qui est sans objet est cette prétention à nous laisser au bord d’un monde en nous faisons croire que ces objets, ces “Œufs”, n’en sont que la forme saisissable dans notre monde infiniment fermé sur lui-même et de manière certaine.

Rappelons-nous que ces “Œufs” que nous avons décrits dans d’autre texte sont des états étranges, générateurs de folie car détruisant la possibilité du Concept partout où ils émergent. N’oublions pas que la faute en est à des philosophes qui, appropriant la genèse du Concept, ont condamné le reste de l’humanité à ne pouvoir penser, à rester là dans un Monde Premier, éternellement changeant, éternellement le même. Rappelons-nous que la fonction d’une telle organisation est de drainer vers un système parasite la richesse qui est là, c’est-à-dire la Valeur, ce qui, enfin de compte, nous permet d’être ailleurs, de penser et connaître ce qui n’a pas de connaissance, ce qui n’est pas encore visiblement en nous et pourtant et déjà là en attente, le Réel sans représentation. Rappelons-nous.

Bien sûr d’innombrables gens des plus respectées nous parlent de ces lieux, de ce monde électronique, comme effrayant/effrayés, promettant le miel et le lait du meilleur de l’humain comme la Religion nous a promis qu’en échange de la souffrance des Petits le Ciel les attendait à la première place. C’est pourtant un lieu, un monde, une dimension, a-morale certaine:ment et dont nous ne connaissons rien excepté quelques petites touches, quelques raids que nous pouvons faire en lui, quelques objets que nous pouvons construire à partir de ses ressources, des Merveilles, musiques, images, armes aussi. C’est le spectacle de ces ports débarquant aux quais les soutes des cargos exotiques, quelques sauvages capturés ou curieux ou avides de franchir une porte ignorée. Et nous, nous sommes accrochés aux grilles comme des sauvages hurlant poursuivis par un incendie qui nous consume. Nous voulons y aller et non simplement tendre quelques billets même de monnaie exotique pour nous rassasier d’un fruit qui n’a pas mûri, d’une musique sans chant, de choses controversées.

Rares sont ceux pour affirmer que l’Electronique comme le Réel est partout présent même au plus profond de ce que nous sommes et n’est un lointain comme le Réel que par l’absence de navires permettant d’ aller, de passages aisés. Pour y aller nous sommes, comme le djihadiste- terroriste, obligés de nous séparer de notre corps, de l’abandonner là dans ce monde que l’on voudrait Premier. Rares sont ceux qui se font exploser pour ne pas, à la fin , souffrir de cet abandon, ce corps prisonnier d’une matière au seuil des mondes, le passe-muraille emmuré. Alors qu’il y a tant à faire, que cela commence à se faire au grand effroi de tous les poseurs d’épouvantails.

Scène esthétique et Coureur stratégique 18

Par Michel Filippi

Nous n’avons pas d’Avallon que nous pourrions atteindre au travers de paysages étonnants. Pour le moins ce ne sont pas des images produites par les Politiques du côté de la frontière occidentale de l’Europe, même ceux indépendantistes ou autonomistes. Il s’agit peut-être d’une nouvelle façon de montrer son indépendance si l’on en croit des commentateurs.

Et si nous ne voyons pas Avallon c’est qu’il n’existe ni Scène esthétique en construction, ni Coureur stratégique émergeant. Encore faut-il savoir où les chercher. J’écris pour les réseaux sociaux et, parfois, ce que j’écris, se retrouve dans ce que certains nomment le monde réel, celui où la matière paraît plus résister que dans le monde électronique, où les relations sont à la fois plus dispersées et plus proches, celui où semble se jouer de préférence le Pouvoir, la réalité du Monde, la matérialité des mondes présents et à venir. Mais rien n’interdit de penser le monde électronique comme un milieu tel la mer, l’air, la terre. N’est-ce pas déjà ce que font les militaires, les hackers et une partie de l’industrie? Mais les uns et les autres ne naviguent pas dans ce milieu pour y demeurer, il n’est qu’un espace de transit pour des possessions plus fermes, à la différence de certains héros de Lovecraft, à la différence des êtres avides de transcendance.

Il fut un temps où régnait la promesse d’un monde plus réel que cette réalité quotidienne et matérielle. Ceux que nous désignons comme djihadistes et qui recherchent la mort la plus directe pour atteindre un Paradis plus réel que la contingence terrestre, ne mettent-ils pas en œuvre une technique perçue comme certaine pour passer d’un milieu à un autre sans risque d’être coincé dans un entre-deux angoissant? Le martyr est une technique en soi comme ouvrir un compte Twitter. Le martyr par les explosifs recherche les conditions thermodynamiques pour générer si ce n’est un monde un passage entre deux milieux, deux mondes, pratiquement étanches l’un à l’autre, bien que l’un, celui visé, se reflète – déformé peut-être – à la frontière de l’autre, sur notre surface de vision, pourvu que nous sachions regarder. Alors regardons comme il le faut. Ainsi que semble signaler Claude Posternak dans une interview menée par Jean-Philippe Denis pour le compte de la Revue Française de Gestion, ce que pensent les gens dans les réseaux n’est pas ce que leurs représentants – les Politiques – affirment qu’ils pensent. Tout au moins en France. Il se peut même que ceux et celles qui ont de l’influence dans les réseaux et qui donc “font penser” ne sont pas ceux qui sont présentés dans les journaux et journaux parlés. Il se peut même que les gens dans ce milieu que sont les réseaux électroniques aillent ailleurs, courent vers des Avallon aussi réels que les Jérusalem célestes et autres Paradis.

Dans un roman de science-fiction dont j’ai oublié le titre à moins que ce ne soit qu’une des nouvelles d’un recueil, des êtres étrangers à la Terre y venaient en mission archéologique, capables de reconstituer les morts pour apprendre quelques choses de leur passé. Sitôt loquaces sitôt détruits jusqu’à ce que le dernier dans ce qui paraît être une chaîne évolutive à peine re-né s’évanouisse dans un milieu inaccessible. C’est un être quasiment électronique, là et partout, anciennement prisonnier de notre Voie Lactée et qui s’approprie en un éclair la technique de voyage des archéologues, pour, enfin y échapper. Nous paraissons coincés par la matérialité nécessaire de nos corps alors même que certains recherchent cette Singularité qui nous en dissociera. Nous désignons comme malades ceux que l’on décrit comme adonnés aux réseaux sociaux, alors qu’ils sont peut-être collés à la frontière comme ces migrants aux portes de Ceuta.

Scène esthétique et Coureur stratégique 17

Par Michel Filippi

Les Ecossais – les résidents en Ecosse puisque leur démocratie n’a pas eu à trier les Ecossais de souche de ceux qui n’en sont pas ni à rameuter les Ecossais d’Outre-mer ou d’au-delà du mur d’Hadrien – ont décide de ne pas rompre l’alliance tricentenaire du Royaume-Uni. Le PM D. Cameron en aurait eu le cœur brisé dit-il mais de quel cœur s’agit-il? Celui de son affection ou celui de son dispositif peut-être stratégique – peut-être un Coureur – qui a été si patiemment construit?

Ce “cœur brisé” me rappelle la description donnée par François Jullien dans “Dépayser la pensée” de l’attaque qui a brisé le dispositif militaire du Vietnam du Sud, en son cœur, là où toutes les parties éparses venaient se lier et s’articuler. Or nous croyons savoir par nos modèles que les parties éparses ne peuvent s’articuler ensemble qu’à travers un symbole qui est comme le Moteur premier d’Aristote parfait. Nous avons décrit précédemment que cette perfection était recherchée aussi par différents Etats ou organisations du côté de l’Orient proche, le Califat, Israël, la Turquie. Nous avons aussi affirmé précédemment et dans d’autres papiers que ce qui nous paraît être une perte de puissance des USA est liée au fait que cette Fédération n’est plus parfaite, qu’elle s’est donc “remise en marche”, qu’elle se transforme et que nous ne pouvons affirmer qu’il existe une Amérique éternelle. Alors existe-t-il pour David Cameron et peut-être des Américains, une Ecosse éternelle, parfaite et qui n’évoluera plus puisque ayant atteint sa perfection.

L’Europe a inventé un certain modèle de perfection qui est celui du folklore. Alors on représentera ce qui fut avant indépendant, inventif et en perpétuelles mutations, comme déjà achevé dans ses mœurs, ses coutumes, tels le kilt et les jeux, le wiski, le brouillard, le monstre du Loch Ness, les saumons. Tout est calme. Soudain, l’autre du couple (ou de se ménage à quatre) s’alarme de la volonté du conjoint, de la conjointe, d’aller voir ailleurs. Alors se sont des promesses d’une plus grande liberté ménagère pourvu que rien ne soit remis en cause, pourvu qu’aucun mouvement autonome ne se fasse jour à nouveau, pourvu que qui donne la direction puisse toujours indiquer la bonne orientation et qui sont les amis de la famille avec lesquels il est convenant de se lier. Il est vrai que l’Ecosse indépendante, comme la Catalogne, le Pays basque, les Flandres et le nord de l’Italie, ne disent rien de leur façon de voir, comprendre, le monde. Ils ne disent rien d’autre que sans l’autre ils s’en sortiront mieux. Mais est-ce que cela suffit à construire un nouveau monde orienté? Les gens sont attirés par une finalité.

Mon père est mort il y a trois mois. Je lui demandais si en 1962 il aurait choisi la nationalité algérienne lui qui avait une passion pour son pays. Sa réponse, réfléchie, fut négative. La France représentait pour lui la modernité. Et c’est cela qu’il a choisi. A contrario, pour l’homme de lettres Jean Amrouche, l’Algérie comme choix était la certitude de retrouver son identité d’humain, fondée sans contestation possible. Nous ne choisissons pas un fait, mais un état, une finalité et nous la poursuivons grâce au paysage qui se forme en nous, devant nous, derrière nous, comme celui du retour vers Avalon. Il nous faut voir une route et la pister dans ses métamorphoses.

Et Avalon est bien plus réel que ce que nous quittons comme le Paradis promis aux combattants du Califat – quel que soit ce paradis – est bien plus réel que la mort, la vie dans les banlieues. Où sont nos Avalons?

Scène esthétique et Coureur stratégique 16

Par Michel Filippi

L’Histoire n’a pas de sens excepté celui donné par différents humains à un moment donné. Nous avons tenté de lui donner un sens, celui du Progrès que nous pouvons définir comme l’effort par des Hommes d’échapper à la fatalité. A nous de définir cette fatalité; à nous de d’approuver cette échappatoire ou de la refuser.

Les modèles que j’utilise, mis en évidence par différents auteurs ou par moi – Scène esthétique, Coureur stratégique, etc – ne font pas de choix, ils fonctionnent. Dès qu’ils sont engagés, construits, par l’activité humaine, ils iront jusqu’au bout de leur perfection à moins que d’autres modèles, des événements, viennent les percuter, les détruisant ou les empêchant de fonctionner. Le Coureur stratégique est une organisation complexe, porteuse d’un modèle de l’humain, qui lie des parties éparses de l’environnement – humains, vivants, choses, etc. – pour construire un paysage dynamique piloté par une finalité et qui renvoie aux parties une signification partout la même et qui s’impose. Nous pourrions dire que ce Coureur est la description dynamique d’un autre modèle, la Scène esthétique mais nous n’avons pas fait suffisamment d’observations pour confirmer cette définition. Pour l’instant nous dirons que le Coureur stratégique est soit autonome, en attente d’une Scène esthétique, soit l’émanation d’une ou plusieurs Scènes esthétiques ou de parties de ces Scènes pour drainer en elle des ressources servant à les alimenter, donc à les stabiliser ou à les faire s’étendre dans le temps et dans l’espace.

Les volontés manifestées par les Indépendantistes ou Autonomistes de différentes parties occidentales de l’Europe sont peut-être la trace d’un ou plusieurs Coureurs stratégiques tendant à se construire. Peut-être pour l’avantage de l’Europe comme Scène esthétique ce qu’elle n’est pas encore, ce que les différentes nations n’ont pas encore réussi à construire. Nous avons une indication fournie par le journal Foreign Policy qui décrit ces jours-ci l’indépendance de l’Ecosse comme un risque stratégique et économique pour les USA. Cette indépendance mettrait en danger, romprait, des liens construits par ce pays avec la Grande-Bretagne.D’un point de vue systémique, celui de la clôture d’un système, cette description est intéressante puisque si cela arrive, l’Europe se détacherait des USA, commencerait à construire une réelle frontière à son Ouest, frontière indépendante des frontières de ses parties. Or, dans d’autres écrits de cette série, nous avions affirmé que les problèmes de l’Europe avec la Russie, problème de frontière, sont dus à l’incapacité de cette Europe à faire frontière à son Ouest. Cette incapacité à faire frontière à l’Ouest ouvre une zone d’instabilité profonde à l’Est de la Russie. C’est que les modèles décrivent des morphologies qui agissent à distance les unes des autres par contamination.

L’indépendance des uns et des autres n’est pas une nécessité si les Etats existants agissent comme si. Ce que nous disent aussi les modèles quant à la morphologie de l’Europe concerne sa complexité au sens que lui donne et démontre Cl.-P. Bruter dans Topologie et Perception. La complexité organisationnelle implique des centres perceptifs différenciés qui agissent comme organisateurs locaux. S’il n’existe qu’un centre organisationnel, quelle que soit l’étendue du système, ses complications, il n’est pas complexe. Il sera plus comme un point existant sur une ligne ou un être bidimensionnel ne pouvant vivre que dans un environnement plat que cet être capable d’être en contact avec toutes les parties d’un environnement qui n’est en rien une ligne ou une feuille de papier. Bien sûr, moins il y a de contact avec l’environnement plus le Coureur stratégique acquiert de la vitesse, mais il devient instable.

Scène esthétique et Coureur stratégique 15

Par Michel Filippi

Ce mouvement a un caractère de normalité. Nous avons répété déjà que du point de vue systémique, il est aberrant de croire que l’on peut constituer un nouveau système en intégrant des systèmes de moindre complexité ou de complexité égale sans que leur intégrité et leurs fonctions en soient bouleversées. Et alors que dire dans le cas où le système à intégrer est d’une complexité supérieure? Nous savons qu’il devra être démantibulé, réduit comme une proie à des parties assimilables. Alors il se peut qu’à l’Ouest, il y ait du nouveau.

Sans recourir à la systémique, un peu primitive ici, il nous suffit de faire l’hypothèse que les Nations ayant été construites – quels que soient les outils de cette construction – leur stabilité, leur perfection, ne sont qu’apparentes. Il suffit de l’occasion pour qu’elles se remettent en mouvement, mouvement qui n’est pas nécessairement celui de leur dégradation et qui peut conduire à plus de complexité.La destruction de l’Empire romain d’Occident fut-il le résultat d’une dégradation ou l’occasion d’une réorganisation, d’un supplément de complexité, permettant à cet espace d’intégrer, de développer, d’outiller, cette science qui est l’Economie et qui fit défaut à l’Empire si nous acceptons les interprétations d’Aldo Schiavone? Avec Jean-Philippe Denis, nous avions fait l’hypothèse, en suivant cette lignée, que l’Europe manquait d’une science, celle qui permet d’articuler le différent, ce qui est épars, qui va dans des directions apparemment opposées, et qui serait la Systémique appliquée. C’est une science qui existe et se trouve utilisée dans différents domaines. Mais existe-t-elle pour le Politique, l’Economique, malgré les efforts en France d’Edgar Morin?

Il se peut, malgré nos plaintes et nos refus véhéments, que la volonté de certaines parties d’Etats européens de vivre selon leur propre trajectoire signale la construction d’un Coureur stratégique aux frontières, “volonté” étant un terme commode pour désigner une trajectoire plus ou moins autonome et devenue apparente. S’il s’agit d’un Coureur stratégique, ces parties devraient être tentées d’établir des liens avec d’autres. On affirme qu’il ne s’agit plus pour elles d’être indépendantes mais seulement autonomes. Mais la Catalogne ne va-t-elle pas restaurer des liens politiques avec la Catalogne en France, construire à nouveau des relations spécifiques avec la Tunisie en rappelant le temps où les soldats catalans étaient les forces militaires de quelques souverains de Tunis? L’Ecosse ne rappellera-t-elle pas liens privilégiés des royaumes de France et d’Ecosse? Le Président Hollande ne sera-t-il pas heureux d’avoir pour allié ce pays au lieu d’une Angleterre toujours attirée par son libéralisme et ses seules finalités? Que dire de la Bretagne et du Pays basque, du nord de l’Italie et de la Corse? Ne voudront-ils pas restaurer leurs liens anciens avec des entités étrangères à l’Europe continentale et politique? Ne voudront-ils pas restaurer des chemins, des routes anciennes de commerce, d’alliances, de pratiques et des regards sur le monde qui se fait, qui ne sont pas celles et ceux qui semblent actuellement dominer l’Europe?

Et au nom de quel argument s’y opposer? Eh bien nous nous y opposerons avec les arguments déjà utilisés par les sciences dites économiques, les sciences dites politiques, au nom du Vrai, de la Vérité. Si les choses sont ainsi c’est qu’elles reflètent la Vérité. L’Economie qui se fait reflète la Vérité et qui veut aller dans une autre direction, est un hérétique. On parle bien d’économistes orthodoxes et d’économistes hétérodoxes. La Politique qui se fait ou que l’on veut faire reflète le sens de l’Histoire non? Et cette revendication est partagée par tous les bords. Mais l’Histoire n’a aucun sens a priori.

Scène esthétique et Coureur stratégique 14

Par Michel Filippi

Nous avions fait l’hypothèse que l’observation du Proche-orient et de ce qu’y fait l’Etat islamique suffirait pour étudier la manière dont la Scène esthétique et le Coureur stratégique sont liés.

J’ai supposé que les deux choses étaient séparées et avais même postulé qu’une Scène esthétique pouvait être couplée à plusieurs Coureurs stratégiques ou à aucun, et qu’il pouvait exister des Coureurs stratégiques qui ne sont couplés à aucune Scène esthétique. Nous pouvons décrire ces hypothèses et postulats comme étant des principes de précaution méthodologique puisque nous savons à peu près décrire une Scène esthétique et son fonctionnement de même qu’un Coureur stratégique. Nous pouvons aussi remarquer qu’à chaque fois que nous croyons pouvoir décrire ces choses de l’extérieur, nous sommes victimes d’une illusion. Nous sommes connectés à ces choses sur un versant ou un autre de sa frontière sans pouvoir distinguer avec certitude un “extérieur” et un “intérieur”.

Alors il se peut que la Scène esthétique et le Coureur stratégique soient une seule et même chose mais décrite selon des observateurs différents. Alors modifions notre hypothèse et utilisons l’argument présent dans le modèle de la Scène esthétique. A chaque instant toute chose, selon sa complexité, est partie prenante d’une ou plusieurs Scènes esthétiques dont les extensions spatiales et temporelles sont différentes. Nous pourrions dire qu’il s’agit d’une grande Scène dont la frontière palpite puisque toutes ces Scènes sont connectées entre elles au niveau de la même chose qu’elles contiennent. Alors nous avions introduit le paramètre selon lequel la complexité d’une chose peut-être telle qu’à un certain niveau d’observation elle apparaît comme partie prenante de Scènes séparées. Les parties de la chose inclues dans chaque Scène esthétique sont alors dans un état particulier, elles ne communiquent pas entre elles bien que faisant partie d’un même corps. Ce raisonnement nous avait conduit à définir la notion de Corps en la distinguant du corps matériel, organique, de chaque chose (définition donnée dans “Manifeste pour une stratégie expérimentale”).

Pendant que nous faisions ces hypothèses issues de la tentative de description des événements orientaux, d’autres événements se manifestent à l’opposé des frontières de l’Europe, sur ses bordures ouest et sud dans ce lieu appelé France ou plutôt dans ce qui est désigné comme les Pays du sud. Mais on peut y adjoindre le monde anglo-saxon qui est sur la bordure de la frontière océanique.

Différents commentateurs, différents Politiques, adjurent le gouvernement français d’entamer une réforme de l’Etat tout en arrêtant la pression fiscale. La France était désignée comme “le malade de l’Europe”, elle peut donc être soignée. Mais, maintenant, elle est désignée de partout comme l’Etat qui met en danger l’existence de l’Europe. De malade, nous passons au stade de ce qui est infecté et peut porter l’infection dans tout le Corps. Et si aucun soin n’existe, alors pour se sauver ce Corps peut se séparer de cette partie auparavant de lui par différents moyens qui, dans tous les cas, seront violents puisque nous sommes étroitement liés à ce Corps. Nous ne devons pas oublier que la guerre lancée par le Chancelier Bismarck au nom du Royaume de Prusse en 1870 l’a été parce que ce politique était certain que les comportements de l’Empire français mettaient en danger la stabilité et la paix des Etats européens, du Continent donc. Vous percevez alors le mouvement de désintégration de l’existant.

Scène esthétique et Coureur stratégique 13

Par Michel Filippi

Les banquiers. Ou les financiers.

Ces derniers jours je répondais à un commentaire de Thierry Crouzet à propos de son dernier livre, “Eratosthène”. Pour lui le monde humain se détruit comme il s’est détruit à l’époque de ce savant. Il s’étonnait que l’un de ses amis, financier, se déclare et déclare ses semblables comme les gens les plus intelligents (sur Terre ou dans le monde des humains). Nous pouvons nous étonner d’une telle prétention et nous pouvons tenter d’en comprendre l’origine.

L’origine est la même que celle de l’IS, de certaines entreprises, de ce que veut faire Netanyahu, le modèle de la Perfection implanté dans un Coureur stratégique qui n’entretient avec son environnement que peu de connections afin que l’évolution vers la Perfection ne soit pas entravée par ce qui résiste, la matière, les activités de transformation de la matière. Pour confirmer la pertinence du modèle il suffit de voir qu’à l’exception de certaines époques où le banquier et l’entrepreneur sont confondus, banquiers et financiers n’interviennent que là où le manque de liquidité est un obstacle aux échanges. C’est un rôle important, nécessaire, mais qui est payé par la dépossession de la richesse créée par les entrepreneurs de toute nature et l’accaparation d’une des formes de cette richesse qui est le pouvoir.

Et lorsque j’affirme que les USA se sont remis en mouvement, c’est que revient comme Histoire glorieuse les vies des financiers qui se sont ruinés en développant le nouveau monde, c’est-à-dire des entrepreneurs qui avaient su orienter, concentrer, des liquidités pour générer ce qui n’existait pas encore. Un monde parménidien.

La prétendue intelligence dont ce pare l’ami de l’écrivain repose sur une incompréhension de son rôle, sur un leurre, leurre d’autant plus fort que la finance paraissant de plus en plus parfaite le lointain est présent en elle avec toute sa puissance. Ce qui explique que nous n’entendons pas un banquier, un financier, s’exprimer sans prendre la voix d’un Dieu tonnant et menaçant ceux qui refusent de se soumettre à sa Loi.

Mais banquiers et financiers exhibent-ils comme l’Etat islamique des victimes sacrifiées d’une manière violente, exhibitionniste, à leurs frontières? Rien n’interdit que les avanies qui frappent différents pays du monde et qui conduit à leur exposition comme “mauvais élèves”, “dépensiers”, etc. ne soit de cet acabit comme la menace de les déposséder de leur pouvoir politique, de leur pouvoir de se mettre en mouvement, des ressources nécessaires à leur survie. Nous pouvons même dérouler la pelote encore plus et affirmer que tous ces comportements, tous les comportements des individus qui hurlent en rejetant le Pouvoir d’un Etat, sa compétence à orienter sa progression, la volonté de ses dirigeants à former une Stratégie, quels que soient les arguments, n’ont enfin de compte qu’une finalité, celle de créer un monde parfait, doté d’une vitesse infinie puisque sans connexion à une matière résistante.

C’est un monde confronté à la perte de l’équilibre, c’est-à-dire à son effondrement brutal. Il tente de s’en sortir en trouvant des auxiliaires équivalents à des gyroscopes ou en augmentant sa vitesse. Mais il est confronté à un problème, celui de son approvisionnement en énergie. Sans connections il se dévore. Si nous pouvons utiliser ce modèle pour détruire l’IS, devons-nous accepter tous les discours et actes de perfection qui envahissent notre Scène?

Scène esthétique et Coureur stratégique 12

Par Michel Filippi

Il y a quelques sept semaines j’avais fait quelques descriptions, pronostics peut-être à propos de l’Etat islamique et de ses comportements. J’avais, me semble-t-il, affirmé que son dispositif permettrait la génération de concepts inédits pourvu que nous acceptions à la fois de ne pas être en relation avec lui et d’augmenter, en tant que Scène esthétique, nos surfaces d’échange dans le cadre du modèle de l’Amour, c’est-à-dire une possibilité d’échange sans contrepartie connue et a priori.

Ai-je été entendu?

Un article de Haaretz semble le suggérer puisque l’un de ses journalistes ou éditorialistes affirment que Benjamin Netanyahu tente de faire d’Israël une forme analogue à celle de l’Etat islamique, un monde parfait.. Nous commençons à connaître certaines choses à propos des mondes parfaits, à propos du modèle même de la Perfection, et l’un des plus terribles est le fait qu’un monde parfait est comme un symbole, reliant le présent au lointain avec garantie puisque parfait il est inaltérable et inaltéré. En lui est présent le lointain avec toute sa puissance.

Un autre article paru dans le BAS, Biblical Archeology Survey, rappelle que depuis les temps les plus anciens les Etats entourant Juda ont voulu le détruire parce qu’il possédait quelque chose de terrible dont les autres ne pouvaient disposer. Peut-être ce lointain présent en lui de manière efficace.

Mais, en même temps, nous savons que ce symbole, ce monde parfait, ce Moteur Premier, est nécessaire dans la construction d’un Coureur stratégique car il permet aux autres parties de ce lier tout en pouvant poursuivre leur propre devenir. Lorsque des journalistes, des politologues, constatent désolés ou triomphants le recul des USA dans le monde, la difficulté de leur Président à établir une stratégie ou plutôt, dans nos terme, à construire un Coureur stratégique, il ne s’agit pas au sens factuel d’une perte de puissance mais bien la manifestation d’un fait, les USA ne sont plus un monde parfait, ils se sont remis en route. Nous l’avons déjà affirmé. Et ce qui lui était lié tente, affolé, de trouver un autre symbole, un autre monde parfait pour échapper à l’angoisse du présent entêtant, d’un monde immobile.

Mais, en même temps, un monde parfait est un monde immobile, toujours le même. Si nous le positionnons dans notre outil de la Courbe de la Valeur, il se trouve dans le bas de cette courbe, là où la Valeur ne s’échange pas, là donc où la Valeur cesse de se dégrader, là où n’existent que des mêmes si bien représentés en un temps par la caricature des Américains tous avec le même costume, les mêmes lunettes, le même nœud papillon, la même coupe de cheveux, etc. Ce qui permet de dire que toutes les personnes qui, de l’extérieur, rejoignent l’Etat islamique, le font poussés par un désir d’être communs, de se retrouver dans un état stable qui peut être déclaré comme la manifestation de la paix sur Terre.

Si nous Etats extérieurs agissons d’une manière telle que nous atteignons la Perfection, nous nous retrouverions dans le même Etat que l’IS. Quel intérêt avons-nous à être ainsi en Paix? Aucun puisque nous savons que c’est un leurre car la seule chose de réelle est le Réel qui agira en nous, sur nous, d’une manière inexorable. Et le Réel n’est en rien la paix. Dans le même moment me vient une question, celle du fonctionnement des banques, du monde financier.

Scène esthétique et Coureur stratégique 12

Par Michel Filippi

L‘“Echangeur universel” permet à chacun qui le possède de se lier sensiblement avec un autre, une autre chose. L‘“Amour” ne nécessite pas de relation sensible. Il s’agit de déployer une surface d’échange sans contrepartie a priori. Et c’est probablement la raison pour laquelle ce modèle est celui de la zone de contact du Coureur stratégique avec son environnement. Bien sûr, cela pourrait être le mode “d’échange” de la frontière de la Scène esthétique pour ne pas se lier à son environnement, pour être autonome.

L’intérêt du modèle de l‘“Amour” est de démontrer comment le fait de déployer des surfaces d’échange sans contrepartie peut faire naître un lointain sans représentation a priori mais perceptible par d’autres choses à la condition qu’elles ne cherchent aucune contrepartie dans leur possibilité d’échange.

Si l’IS est un véritable Etat théocratique, il ne cherchera aucune contrepartie de son environnement pourvu que celui-ci n’en cherche aucune. Alors ils percevront un lointain sans représentation a priori. Un tel modèle activé peut justifier qu’un Etat, une entité quelconque, n’éprouve pas le besoin d’échanger au sens de mettre en place un flux bi-directionnel à sa frontière si un lointain apparaît et devient productif faisant apparaître “à l’intérieur” des choses qui, auparavant, n’existaient pas. L’apparition de ces “choses” inattendues seront un “miracle” et apparaîtra comme un gain spécifique qu’aucun autre Etat ou entité ne peut avoir à moins d’être sous la même surface d’échange. Mais l’on ne peut posséder de surfaces d’échange “sans contrepartie” qu’en se complexifiant ou en ré-orientant l’usage des frontières qui ne servent plus alors à générer des flux, du lien. La conséquence de ce mécanisme systémique est que, à l’intérieur de la Scène, l‘“Echangeur universel” peut être remplacé par l‘“Amour”, une relation qui interdit la contrepartie. Or, c’est bien parce qu’existe une contrepartie entre chaque acteur d’une Scène esthétique que celle-ci peut se maintenir et c’est bien parce qu’il existe une contrepartie avec l’environnement que la Scène peut être alimentée et rejeter ses déchets.

Le Coureur stratégique n’échange rien avec son environnement puisqu’il le recouvre de son paysage. Les choses qui peuvent apparaître en lui comme nouveautés sont attribuées au paysage. Mais que se passe-t-il en un lieu qui voit apparaître des choses inédites comme si elles viennent d’un lointain? C’est un miracle. Encore faut-il pouvoir l’accepter. Mais peut-on accepter un miracle dans un Etat qui se décrit comme symbole, forme achevée d’un Etat particulier? Bien sûr, mais à la condition que cette nouveauté puisse être établie comme équivalent. Or, combien d’équivalents manifestement différents peuvent être acceptés en un même lieu de ce lieu? Je ne sais, mais ce que je sais est qu’il existe toujours un moment où la nouveauté suivante est perçue comme différente donc inacceptable.

Tout entité se présentant comme achevée n’accepte qu’un minimum de nouveauté tant qu’elle est perçue comme un “même”. Elle est ensuite obligée de nier leur existence ou de les détruire ou de détruire les vecteurs de leur venue (ou les choses qui apparaissent comme telles). Donc toute entité parfaite, même le Moteur Premier aristotélicien, n’est peuplé que de mêmes qui n’ont pas besoin de se lier entre eux au moyen de l‘“Echangeur universel”. Il suffit que de partout aucune contrepartie ne soit possible.

Il serait alors possible de traverser une telle entité “en toute sécurité” pourvu qu’il n’y ait aucun échange excepté une surface d’échange sans contrepartie.

Scène esthétique et Coureur stratégique 11

Par Michel Filippi

Un Etat stable est un Etat prévisible et les routes commerciales ont besoin de stabilité et de prévisibilité. La plupart des ressources nécessaires aux Etats contemporains qui se développent selon un modèle disons classique ont besoin de routes, de voies ferrées, de xo-ducs, de bateaux. Peut-être certaines sont transportables par des dirigeables mais même eux, surtout eux, ont besoin d’un environnement stable, prévisible. La Russie et l’Iran se sont liés par des accords de transports, la Russie va peut-être construire un gigantesque gazoduc ou oléoduc vers la Chine en engageant des coûts qui nous paraissent démesurés, la Chine se dote d’un réseau de transport jusqu’à l’Europe, le Moyen-orient. Le monde du XIXème siècle n’existe plus.

Les USA affirment dépendre de moins en moins de ressources extérieures autres que celles provenant de l’activité marchande. L’Europe dans sa globalité perd le monopole de client “premium” pour les ressources du Monde au profit de l’Asie. Pour certains, ce portrait pourrait rappeler différents instants de l’effondrement de l’Empire romain d’Occident et des royaumes qui le suivirent vers le VIIème siècle je crois. Le fer n’arrive plus en Occident ou n’est plus extrait sur place, il devient difficile de produire des armes, de cultiver, les ressources monétaires se font rares, la circulation des marchandises et des ressources se contracte, le réseau d’échanges se délite. La description est caricature mais n’est-ce pas ce qui nous attend, la privation de ressources nécessaires au profit d’acheteurs dont la monnaie devient l’instrument des négociations. Ce n’est plus l’Euro ni le dollar. D’autres sont acceptées par les marchands qui, bientôt, les trouveront meilleures à posséder. Bien sûr, ça ne peut se passer ainsi, les Etats constituants leurs réserves de change, les Banques centrales donnant accès à leur monnaie, les parités sont équilibrées et reflètent la richesse des Etats qui produisent les monnaies de référence.

Mais sur quoi est fondée cette richesse? Sur la production de la pierre philosophale, celle qui change le vil plomb en or. Les alchimistes croyaient à cette matière qui demandait pour sa production de la science et de la conscience, une âme pure. Si cette pierre change le plomb en or ou, telle Midas, change tout ce qu’elle touche en or, la richesse est assurée et vous pouvez ainsi disposer de toutes les ressources du Monde, de l’Univers, puisque tous leurs possesseurs veulent en échange de l’or pour satisfaire leurs besoins. Nous continuons cette recherche et les appels, en France, à produire de la nouveauté et des produits de grande qualité, n’ont que cette visée, la pierre philosophale ou ce qui peut lui ressembler et que j’ai désigné dans d’autres écrits comme “Echangeur universel”. Si le symbole est nécessaire pour faire tenir les différentes parties du Coureur stratégique l‘“Echangeur universel” est nécessaire pour construire des Scènes esthétiques complexes. Lui seul permet à des acteurs variés, présentant donc une très grande diversité de qualia (qualités sensibles), de construire des rôles pouvant tenir ensemble dans un drame unique.

L‘“Echangeur universel” peut être n’importe quoi, une monnaie, l’or qui avait la possibilité de tout représenter affirmait Michel Foucault, un symbole au sens initial du terme, etc. Mais il peut être remplacé par autre chose qui s’apparente au développement des surfaces d’échange d’une chose, d’un être. Cette autre chose nous l’avons nommée “Amour”. “Echangeur universel” et “Amour” sont deux voies différentes permettant les liens mais elles n’ont pas le même fonctionnement ni les mêmes conséquences pour les êtres, notre compréhension du Réel.

Scène esthétique et Coureur stratégique 10

Par Michel Filippi

Ce Califat se détache de son environnement car qui peut se lier aux mains tendues des corps crucifiés si ce n’est ceux qui veulent se soumettre, faire partie, être en dedans. Il attire, il va vers la perfection. Quel est-il une Scène ou un Coureur?

Il est une Scène, il n’est qu’une Scène et cette Scène vaut pour stratégie, un Coureur immobile et le seul que nous connaissons est le Moteur Premier aristotélicien. Tel qu’il se montre le Califat n’aura aucun lien avec qui que ce soit puisqu’il est perfection. Mais alors quelle raison à cette volonté d’éditer des passeports? Nous pensons aux passeports pour sortir de nos pays et aller en d’autres avec le minimum de difficultés mais il existe des passeports intérieurs dont l’objectif est de vous fixer en des lieux précis du territoire et ne permettre la circulation qu’à quelques uns. Les passeports intérieurs sont un instrument de puissance pour qui les accorde et de subjugations pour qui les reçoit. La France en a connu avant la Révolution et au XIXème siècle contrôlant ainsi les “automates ambulatoires”, les condamnés libérés, les forçats défaits de leurs chaînes.; mais aussi les expatriés venus trouver refuge, les ouvriers. Carnets de circulation, livrets ouvriers.

Il s’agit de contrôler l’ordre et ce qui produit de la richesse. La Prusse interdit ainsi à ses paysans de se déplacer, un véritable servage jusqu’au XIXème siècle. C’est une forme de fer rouge qui implique la difficulté à changer de classe sociale, la nécessité d’admettre tout de son maître qui conserve, comme pour les ouvriers en France, ce carnet qui permet d’aller chercher ailleurs de quoi vivre, d’autres conditions. Et si le passeport permet d’aller en dehors de tels pays, c’est pour apparaître comme un acte de puissance, de souveraineté. Même en dehors le possesseur appartient à qui lui a remis ce droit de voyage, il est le porteur de la puissance et de l’impossibilité pour en autre de mettre la main sur ce corps ambulant. N’est-ce pas le rôle du passeport diplomatique. Ne voyons donc pas dans ce passeport la volonté de se lier mais la volonté renouvelée d’être séparé.

Lorsque la Scène esthétique et le Coureur stratégique sont confondus, leurs dynamiques sont confondues. Et si le modèle est celui du Moteur Premier, l’ordre de la Scène et du Coureur sont les mêmes, se reflétant l’un l’autre sans jamais s’user. Dans les termes de la théorie des systèmes, ce sont alors des systèmes stables, consommant peu d’énergie ou recevant de l’extérieur l’énergie équivalent à celle consommée. Si les Talibans semblent avoir tenté de produire ce modèle, tous les Etats auto-suffisants en ont cherché la mécanique mais comme Montesquieu l’a fait. Les Etats auto-suffisants n’ont que deux possibilités pour se maintenir. Appauvrir le plus possible ses membres à l’instar de certains économistes européens qui recherchaient le moindre coût pour l’ouvrier permettant de conserver sa force productive ou avoir la plus grande étendue possible de ressources variées comme le firent différents Empires. Les échanges internes suffisent pour diminuer l’appauvrissement généralisé ou plutôt pour créer une ou plusieurs classes de gens moins pauvres. Tous ces Etats, Empire et Califats, sont une négation d’un monde général d’échanges. Est-ce idéologique? La volonté d’un tel Etat est-il lié au refus, par exemple, de l’hégémonie de l’Occident, des USA, sur des pays, des populations, particulières, qui auraient ainsi perdu leur volonté délibérative et leur capacité à l’autonomie? Ou bien, s’agit-il de retrouver ce temps mythique où le monde musulman contrôlait la relation de l’Occident à l’Orient et à l’Extrême-orient. Un monde sans lien ne peut se pénétrer, ne peut accueillir en lui ce qui est étranger. Appauvri ou tenant de son intérieur ses ressources, il est le plus stable possible.

Scène esthétique et Coureur stratégique 9

Par Michel Filippi

Voilà, il faut faire le tour de tous les pays qui forment l’Asie du Sud-est et ceux de la péninsule indienne, l’Iran peut-être, et se demander si sur les cent prochaines années ils peuvent se nourrir, avoir de l’eau et les autres ressources nécessaire à leurs programmes de développement, à l’augmentation de leurs populations, de leurs besoins, et nous constatons qu’ils ne peuvent se contenter de ce qui existe sur leur sol.

Les humains sont prévoyants. Parfois et surtout les marchands. Les humains aiment la stabilité et le désordre, chacun cherchant par ces deux opposés à se déplacer et à se protéger. Les humains coopèrent mais perdent facilement confiance. Les humains luttent pour eux-mêmes, leurs semblables, leurs valeurs et leurs croyances. Les humains craignent pour leur vie, celles de leurs enfants, leur statut social et ce qu’ils appellent leur bonheur. Les humains aiment le lointain et le proche. Ce sont des sentences, des jugements et des opinions, d’une telle banalité que nous pensons rarement à leur efficacité lorsque les humains prennent des décisions. C’est une efficacité stratégique.

La stratégie a pour finalité la survie. Le Coureur stratégique est l’outil, la construction, la manifestation, l’orientation donnée aux moyens, ressources variées, pour qu’un ensemble quelconque survive. S’il peut être la manifestation d’une Scène esthétique, il semble aussi que nous devons faire l’hypothèse qu’à certains instants plusieurs Scènes esthétiques peuvent se coordonner pour construire un seul Coureur, les Scènes esthétiques n’étant pas réduites aux Etats, à une culture, c’est un mode d’organisation du vivant avec les choses pour, en quelque sorte, “être en vie”, pour que le monde chante un air reconnu en réponse aux actions, actions qui ont des sources variées et opposées. Lorsque l’organisation du monde, de notre monde, ne permet plus à ces sources de s’écouler de manière satisfaisante, elles vont s’orienter dans le paysage existant quitte à construire d’autres paysages. Nous pourrions dire qu’alors émergent d’autres Scènes esthétiques, de toutes tailles, avec des acteurs différents ou partagés, et des Coureurs stratégiques. Leurs fonctionnements sont conformes à leur modèle pourvu que la Scène et le Coureur soient bien construits.

Je ne suis pas certain que la perfection de la construction soit la certitude d’un fonctionnement efficace et satisfaisant pour les différents acteurs et les sources de leurs actions. Nous jugeons de cette efficacité, de cette satisfaction, de manière instantanée ou nous retournant vers ce passé certain. Mais l’avenir? Or cet avenir est formé dans et par le Coureur stratégique.

Cet avenir est-il masqué ou peut-il nous apparaître comme la représentation certaine d’une figure lointaine? Il y a bien sûr d’innombrables représentations qui sont en concurrence depuis celles les plus attirantes à celles les plus repoussantes et qui sont parfois les mêmes. Ces représentations de la figure lointaine nous pouvons les confondre avec les épouvantails construits aux frontières des Scènes esthétiques.

Reprenons notre exemple de l’IS, de ce Califat en construction. Il semble fonctionner comme une Scène esthétique et use de l’activité sensible pour faire tenir ensemble ses parties et pour se détacher de l’environnement qui est alors renvoyé à ce qu’il devrait être, un apeiron, lieu sans orientation possible, probablement chaotique. A ses bords se dressent des gibets dont le modèle étrangement me fait penser à ces représentations des gibets moyen-âgeux par différents illustrateurs européens.